vendredi 8 août 2008

Sur le port de Loctudy, en plein cagnard estival.
« Y'a pas foule, aujourd'hui. Pas vrai Lanig ? »
« Hein ? J't'entends pas ! »
« C'est pas à toi que je parle, Pierig ! »
« Ben vrai, c'que tu dis, Dominig, y'a pas de houle aujourd'hui. La mer est plate comme une raie. »
« J'ai pas dit houle ! »
« Qu'est-ce qu'il dit ? »
« J'en sais rien. J'crois q'il parle de moules. »
« Des moules ? Où ça ? J'ai faim ! »
« Ah bravo, toujours à parler de ton estomac ! »
« Oh, ça va, Riwal ! Qui pleurnichait pour avoir la coquille Saint-Jacques, hier ? »
« Les amoureux se disputent encore ? »
« Ferme ton bec Bleuzenn ! »
« Hé ! Y'a une nouvelle prise de bec là-bas ! »
« Qu'est-ce qu'il dit ? »
« Il parlait de déféquer, je crois. »
« Justement, mon ventre gargouille. Il est temps ! »
Sur les quais, Y., 10 ans, patiente en compagnie de sa famille. Il s'apprête à traverser le bras de mer en bateau, pour rejoindre l'Île-Tudy. Il écoute distraitement les cris plaintifs des mouettes quand une chose molle atterrit dans ses cheveux.

jeudi 7 août 2008

Le silence répond au rien. Le silence est l'absence de sons. Et le silence complet n'est audible que dans l'espace (mais je vous le déconseille, vous imploseriez et gèleriez en un temps record).

On brise le silence avec le moindre son. Dire à voix haute le mot « silence » est déjà sacrilège en soi. Sur Terre, quel que soit l'endroit où vous vous trouveriez, même dans la grotte de Lechuguilla, il y aura toujours une onde sonore pour vous titiller le limaçon : rumeur de la ville, goutte qui tombe, vent qui souffle, cœur qui bat, crissements dans les abysses, mouvements tectoniques...

Le silence peut être apprécié seul ou à plusieurs. A titre personnel, au sommet d'une dune lors d'un coucher de soleil avec l'étendue de sable immense étalée à ses pieds, est un moment de silence solitaire que j'aimerais vivre.

mercredi 6 août 2008

Le faucheux

Alors que je me dirigeais vers le frigidaire afin de me rafraîchir le gosier, je sentis un chatouillis sur le front au-dessus de mon œil droit. Je me grattai, croyant à une mèche rebelle. La démangeaison continua et c'est au moment où apparut dans mon champ de vision des fils qui ondulaient de manière propre, que je compris qu'un faucheux se déplaçait sur mon visage ! J'ai tout naturellement lâché un cri inarticulé en chassant la bestiole de la main. Puis, magnanime, j'ai saisi le journal et... l'ai chassée dehors.

Le faucheux (ou opilion) est l'araignée à longues pattes et possédant un corps en forme de boule grise. Elles sont capables d'abandonner un membre pour survivre, comme les lézards et leur queue ; ce qu'on nomme l'autotomie. Mon père me racontait qu'étant petit, il en attrapait et en arrachait les pattes, un peu comme une marguerite les pétales. Je n'ai jamais pu le faire ; d'une part, je ne voyais pas ça comme un jeu, de condamner ces bêtes : imaginez que l'on vous le fasse (ça me rappelle un passage du film The last king of Scotland ; abominable) ! D'autre part j'ai horreur des araignées en tout genre, même si celle-là ne m'effraie pas vraiment...

mardi 5 août 2008

- C'est magnifique.
Je m'arrête et me retourne.
- Quoi donc ?
- Le spectacle que la nature peut nous offrir.
L'homme qui me parle est un habitant de mon quartier. Alors que je remontais la pente de ma rue, il avait soudainement débouché d'une maison avoisinante, pour s'immobiliser sur la route, fixant quelque chose en l'air.
- A quoi vous faites allusion ? fis-je, gagné par la curiosité et saisissant l'occasion de pouvoir discuter avec lui.
- Regarde là-haut.
Je lève la tête vers sa maison (il sortait de chez un de ses amis), mais ne vois rien ; plutôt, ne vois pas ce qu'il souhaite me montrer.
- Il y a un nid d'hirondelles sous le rebord du toit.
- Ah oui, exact.
- Elles sont venues et ont essayé à plusieurs endroits d'en construire un. On aperçoit les marques sur le mur.
La façade en crépi blanc laissait apparaître les tentatives de nidification, à même hauteur que celui finalement édifié. J'avais dans l'idée qu'à l'avenir, il n'essayerait pas de les effacer.
- Elles ont mis plus d'un mois pour le faire ; elles se sont accrochées, petit à petit, pour le monter. J'ignore avec quoi. (Après une courte pause :) Tu sais, on dit qu'une maison qui abrite un nid d'hirondelles, c'est qu'on y est heureux. Alors chez moi, on doit être heureux, pour l'avoir recueilli !
Il me souriait. Je lui rendis la pareille. Il ne payait pas de mine : vêtu d'une veste beige et d'un béret, portant une moustache ou une brosse de poils de nez antédiluviens (ma mémoire photographique s'embrouille), le tarin en trompette écrasée et la face rougeaude, les pommettes et le ventre ronds. Son haleine avinée facilitait l'élocution.
- Et ce qui est beau, c'est d'observer les allers-retours des parents pour donner à manger aux petits. Il y a deux oisillons ; j'ai regardé par la fenêtre. Et qu'est-ce qu'ils sont volaces, les parents !
- J'ai remarqué que les hirondelles ne se posaient jamais à terre ; en tout cas je n'en ai pas vues le faire.
- Oui, c'est vrai ! Elles volent au ras du sol et des champs, ramassent pleins d'insectes et les ramènent... Véloces, pas volaces. Oh ! Ça y est !
Une hirondelle, se déplaçant très vite, remonta à la verticale jusque l'ouverture, distribua la récolte en à peine une seconde et repartit, en lançant des cris stridents.
- C'est magnifique.
- J'avais vu un reportage qui passait sur la 5, et qui filmait des types dans une grotte au Brésil ramassant des nids d'oiseaux à plus de 60 mètres de hauteur ! En fait les nids entraient dans la composition de plats et se vendaient à un tarif aussi élevé que le cours de l'argent !
Ah ! Moi et ma grande g... mon grand bec.
- C'est interdit par la loi d'enlever les nids d'hirondelle. Je me suis renseigné : 15 000 € d'amende et quelques mois au frais.
- Ça fait mal.
- Ce sont des oiseaux protégés. 15 000 € et des mois de prison.
- J'en ai vu deux, des nids, sur les nouveaux logements, en face de l'école maternelle des curés.
- T'as raison ! J'les ai vus aussi. Eh bien les locataires n'ont pas intérêt de les toucher !
Visiblement ému, le visage illuminé, il ajoute :
- Et ce qui me fait le plus plaisir, par dessus tout, c'est qu'elles reviendront à ce nid l'année prochaine, et les années suivantes, après leur voyage d'hiver en Afrique.
Dans la lumière du jour finissant, un ciel dégagé de tout importun nuageux offrait ses espaces sans limites. L'hirondelle revint, chargée de victuailles pour ses petits, et une nouvelle fois retourna virevolter, en chasse.
- Pas à dire, c'est beau.

lundi 4 août 2008

Je ne boycotterai pas la cérémonie d'ouverture des J.O. de Pékin, la XXIXe Olympiade, le 9 août prochain. Voilà mon argumentation :

- sur le plan idéologique, la Chine et l'Europe possèdent les mêmes ressors propagandistes, la Chine montrant davantage ses défauts en voulant les cacher. L'Europe est contraignante : l'exemple du référendum d'Irlande est là pour étayer mes dires. Ils ont dit non, alors ils doivent revoter jusqu'à approuver ce qu'on leur donne. Point. La droite fait passer au niveau européen ce qu'elle ne pourrait faire au sein de chaque pays. L'Europe est devenue une espèce de bureaucratie ouatée imbibée de chloroforme. Le Tibet, quoi qu'on en dise, ne peut plus sortir du carcan Han, à moins d'un éclatement généralisé ; hautement improbable, mais une jacquerie globale au pays changerait peut-être la donne. Tout étant consenti entre « grands ».

- sur le plan économique, l'UE voit ses usines/entreprises délocalisées en Chine, qui les voit maintenant partir en Inde ! Néanmoins, on se fait toujours largement avoir, ayant un déficit commercial de plusieurs dizaines de milliards d'Euro. Ce système économique profite et profitera toujours aux mêmes, cependant. Ce parti communiste s'accommode très bien du libéralisme le plus impitoyable ; notons que le Chinois aime l'argent, historiquement depuis des milliers d'années ; pourquoi renier des traditions qui profitent ? (Ce n'est quand même pas qu'un monstre assoifé de richesses...)

- sur le plan journalistique, les deux zones géographiques sont catastrophiques. Je ne reviendrai pas sur le grand déballage de Reporters sans frontières. La Chine possède son propre organisme chargé de surveiller que ses informations soient bien reprises par la presse et citées comme officielles. En France, si la pression va dans ce sens (M .Lefebvre et ses jérémiades concernant les communiqués de l'UMP non repris par l'AFP), certains journaux, par l'entremise de leurs propriétaires, de leurs chefs de rédaction et autres, ne se font plus prier pour n'apporter qu'une partialité de l'information, quand ce n'est pas passé sous silence (vous avez entendu parler des voitures brûlées le soir du 14 juillet ?).

- sur le plan de l'Internet, bonnet blanc et blanc bonnet. La Chine censure l'Internet, tout le monde le sait ; des moteurs de recherche n'ont aucun scrupule, particulièrement financier, pour modifier les algorithmes afin d'entrer en conformité avec le pouvoir. La Chine provoque en annonçant qu'elle censurera comme d'habitude, ensuite relâche la pression en faisant quelques concessions, pas l'intégralité ; le gouvernement français use et abuse de la même tactique pour faire avaler quantité de pilules (ou de suppositoires, selon votre point de vue). Exemple de répression sur le net : en Chine, impossible de trouver un lien envoyant sur les événements de Tiananmen ; le projet Hadopi (surnommée la « guillotine numérique ») permet une collecte de données personnelles, surveille vos téléchargements via votre FAI en les passant au détecteur de la Loi, coupe votre accès à Internet, autorise un jugement sans faire appel à la Justice (!)... Et ce au service de l'intérêt des majors. Bref, deux poids, deux mesures. Je vous fais remarquer que plusieurs pays de l'UE s'apprêtent à copier ce projet répressif, sauf la Suède qui s'est déjà déclaré contre.

- sur le plan du CIO, celui qui me dit que cette institution n'est pas politique se met le doigt dans l'œil. La politique apparaît dès qu'il existe deux individus ; à ce niveau d'internationalité, il ne peut y en aller autrement. Le CIO, par exemple, aussi extraordinaire cela peut-il sembler, ne reconnaît pas le classement des médailles par pays, par souci de ne pas paraître politique*. Je passerai sur l'innocence du choix final que représente Pékin, et de la timidité résignée du Comité devant les agissements actuels de leur ville nommée.

Notre niveau de vie, à n'en pas douter, est bien meilleur que celui de nombre de Chinois. Les inégalités sont criantes ; le fossé, énorme ; en Europe on en prend le chemin, tous les jours les preuves s'accumulent, et on ne sait si c'est la Chine qui nous rejoint ou nous qui plongeons. Est-ce tout le bénéfice de l'ultralibéralisme ? Le modèle seigneurial adapté aux temps modernes ?

Dans ce bric-à-brac se trouvent les raisons de mon refus de boycotter la cérémonie d'ouverture. Cela ne signifie pas que tout à coup, un événement imprévu m'empêche de la visionner... Héhé.

*Le Monde, La bataille du tableau des médailles a déjà commencé, 05/08/08
Dans le monde actuel, existe-il plus de libertés ou de contraintes ?

dimanche 3 août 2008

Je viens d'apprendre à l'instant qu'un projet d'un live de Cowboy BeBop était annoncé. Voilà une raison de plus de détester Hollywood.
Pour tout fan d'anime qui se respecte, cette invasion des Zétazunis dans la production japonaise a de quoi hérisser le poil. Je sais qu'un film basé sur Gunnm, James Cameron détenant les droits, sortira l'été prochain, et là aussi je crains le massacre. Autant un script simple (simpliste) basé sur Dragon Ball était possible, mais sur les autres mangas cités, la finesse et la poésie seront inévitablement dégradées, l'histoire dénaturée. Pour le moment, je suis pessimiste.

samedi 2 août 2008

En bon lecteur que je suis, me voilà acquéreur d'un Millénium de Stieg Larsson, véritable raz-de-marée littéraire de ces dernières semaines. Parti à Quimper ce matin, l'air de sortir du lit, les yeux bouffis, par un temps pourri, je me gare à la Providence.

C'est samedi, jour de marché, et il y a foule. Je n'aime pas les marchés, il y a trop de monde, et ce matin, je n'ai pas envie de croiser qui que ce soit. Oui, une idée de misanthropie, avec la désagréable impression que la foule se bouscule dans ma tête, pépiant, marchandant, ragotant. Je marche résolument, coupe par le pont de bois enjambant le Steir.

J'achète donc Millénium à F. L. (c'est un club, pas une librairie), et reprends le chemin inverse. Mais devant le pont de bois, je commence à jouer au malvoyant, les yeux fixes, la démarche prudente et plus lente, le visage impassible voire rigide. Je voulais me tester dans la foule. Je voulais surprendre. Il n'y a qu'une jeune fille qui m'a remarqué, que j'ai vu qui m'a remarqué sans la regarder directement, notez bien.

C'était une fermeture volontaire au monde extérieur. Ce n'est pas bon signe. De plus, en me relisant, je ne suis pas clair.

vendredi 1 août 2008

Il y a des jours, où j'ai envie de ranger mon éducation au vestiaire, d'aller dans un espace inhabité et de hurler.
Simplement hurler.
Il faudrait apprendre à hurler, ça devrait être admis dans les programmes scolaires. Parce que vider son énergie dans des hurlements, c'est aussi bon que de se passer la nuque sous l'eau froide après un effort.
Oui, ce journal électronique recèle de textes qui sont malgré tout ma propriété. Si vous souhaitez en utiliser un, contactez-moi grâce à l'adresse suivante : sacred.fire.blogspot@gmail.com
Merci !
Yohann ©®™☺☼♥♫≈(2003-2009)