lundi 28 janvier 2008

XVIIIe : siècle des Lumières
XXIe : siècle des Néons

dimanche 13 janvier 2008

Bonne année à tous !
(Bien qu'ayant déjà donné des raisons de rouspéter contre cette "tradition" annuelle, je vous la souhaite quand même.)
Il reste deux chapitres que je dois rédiger et mettre sur mon journal. Les suivants s'avancent un peu trop sérieusement dans la cosmogonie mise en place pour que je vous le révèle. Après ces deux chapitres, je tacherai d'écrire une petite analyse de l'historiette.
Bloavez mad !

lundi 24 décembre 2007

VII – Steppes céruléennes

En hommage à Julien Gracq.

La couleur du sable est passée du blanc ivoire au gris nuageux. Gaya se penche, plante ses doigts et en retire une grosse motte. Lorsqu'elle l'écrase, ce n'est pas grain par grain mais par petits tas qu'elle s'éparpille ; les restes de la motte collent dans le creux de la main. Gaya s'essuie négligemment sur sa robe.

De même que l'empreinte de ses pieds est beaucoup plus précise que là-haut, sa piste est facilement repérable une fois sur la bande de sable argentée.

Le ruisseau s'étend sur celle-ci, avant d'être absorbé par ce gigantesque et brillant cours d'eau. L'harmonie des teintes entre la mer et le sable est éblouissante de naturel : le passage de l'une à l'autre enthousiasme Gaya par son implicite beauté. Ce qui l'étonne davantage, c'est l'absence de différentiation entre la mer et le ciel. Pas l'ombre d'une ligne colorée de séparation à l'horizon, même en forçant la vue. Les deux espaces, plongeant l'un dans l'autre, sont liés de telle manière qu'il en a toujours été ainsi : voilà ce que Gaya en pense. Même couleur, rôle distinct, symbiose totale. Une boule de joie et d'excitation s'attarde dans sa gorge, avant qu'elle ne s'avance dans le ruisseau.

Un frisson lui remonte l'échine au moment où ses pieds captent la fraîche température de l'eau. Sa peau est tiraillée, picote. Elle remue des orteils et ce sont tous les interstices de ceux-ci qui se mettent à la chatouiller irrésistiblement.

Le froid l'anesthésie progressivement, une sensation gourd s'emparant de son épiderme. Gaya marche, soulève des panaches de sable étincelant emportés par le courant, s'enlise dans un coussin moelleux.

Sa robe est trempée jusqu'aux genoux, et la gêne. Elle sort du cours d'eau, cherche et trouve une parcelle de sable sec, retire son habit par le col et l'étale par terre en disposant ses chausses à côté.

La voilà nue, en proie aux légers souffles venant du large, aux dards réchauffants du soleil. D'ailleurs elle se rend compte que sortir de l'eau lui a permis d'insuffler de nouveau la vie dans ses pieds, devenus presque insensibles ! Embrassant son corps pour la première fois de la vue, Gaya le parcourt lentement du bout des doigts : ventre, jambes, bras, dos. Ses cheveux la frôlent jusqu'au bassin, et lorsqu'elle tire sur l'un d'entre eux, un picotement l'assaille en haut du crâne, ce qui lui arrache un petit rire.

S'approchant de la mer en longeant le ruisseau, Gaya s'arrête à la limite d'échouage des vagues. Cette monumentale flaque la rebute un peu, l'effraie même, quand soudain un écoulement chaud submerge ses pieds : une vague s'y est fracassée. Cette agonie rassurante l'invite à progresser plus avant, ce qu'elle fait, toute inquiétude évanouie.

Des cris plaintifs et lointains descendent vers elle, l'enfant lève la tête : une innombrable nuée de volatiles blancs papillonnent dans les airs et s'éloignent à tire-d'aile.

Pour une raison qui lui échappe, ce spectacle étrange lui sert un peu le cœur, mais une seconde vague vient lui lécher les orteils en mourant. Gaya rentre dans la mer.

lundi 10 décembre 2007

VI - De glaise

Elle se remet debout. Toute pantelante, Gaya contemple dans un premier temps le ruisseau et d'un air béat, tourne et retourne lentement ses petites mains luisantes.

Pendant un instant d'éternité, Gaya ne sait plus où elle est. Une émotion l'envahit peu à peu, qui fait trembloter son corps. Sa vue se brouille, une chaude larme s'écoule de chaque oeil, une main posée sur la bouche étouffe un sanglot.

Son esprit s'est fixée sur la sublime simplicité créatrice de l'eau, et ses frêles barrières émotives ont subitement cédé. Cette difficulté à respirer, ce souffle court, ces brusques goulées d'air sont douloureusement calmés. Le cœur affolé, le sang tambourine dans les tempes jusqu'à l'apaisement. Le goût salé des larmes passe entre ses lèvres, qu'une langue a instinctivement fouetté. Un index vint furtivement essuyer les yeux.

Parfois, elle ne pourrait contrôler ses émotions. Ce fut exquis.


Mélancolique, le cours d'eau l'avait surtout rendue songeuse. L'eau et la vie, si profondément, si intimement liées que c'en était insupportablement beau... Pourtant, quelque chose l'intriguait... Mais elle chassa ces idées hors de sa tête, le moment suivant une expérience émotive (et physique) si forte et nouvelle ne lui paraissant pas adéquat à la réflexion.

Elle décida de marcher, voulant évacuer cette torpeur qui l'accablait ; elle accompagna le ruisseau dans sa course vers ce but inconnu.


Le paysage a changé. Le ruisseau contourne la colline. Un étrange bruit se fait insistant à mesure que Gaya marche, semblable à une longue inspiration, presque un soupir. L'air n'est plus tout à fait le même, non plus : il s'est vivifié, paraît cinglant et sec ; sa texture également, ce vent a le goût de ses larmes.

D'un coup, le soupir devient davantage hâché et lui emplit totalement les oreilles. Gaya débouche de derrière un rocher et, moins aveuglée que surprise, se protège les yeux de la main. Ceux-ci étant clos, elle peut voir la marque blanche que la surface scintillante lui a imprimée virant au jaune.

A travers le filtre créé par ses doigts, elle regarde un immense champ bleu remuant et mouvant. S'habituant aux multiples reflets, Gaya peut continuer son chemin qui, lui aussi, se transforme : l'herbe ne pousse plus sur de la terre marron mais sur une matière étrangement friable, fine, qui s'écoule comme de l'eau entre les doigts. Ces grains sont tout petits !

Sans compter qu'elle s'enfonce là-dedans lorsqu'elle marche, qu'elle manque quelquefois tomber car ce sol bosselé n'est pas d'une stabilité exemplaire ; par contre, une fois qu'elle eût enlever ses chausses, la sensation du sable tiède se frictionnant agréablement autour de ses pieds est merveilleuse ! Un sourire de contentement flotte sur le visage de Gaya.

Là-bas, le ruisseau semble se confondre avec l'étendue bleue.

dimanche 25 novembre 2007

V – L'élixir

Pendant cette observation, elle fit un tour sur elle-même, ne se rendant pas tout de suite compte du jeu de ses pieds pour garder son équilibre. La surprise de découvrir cela lui étira les lèvres en un charmant sourire, et ce n'est qu'après avoir effectué un tour du tronc de l'arbre, tenu dans le rôle de tuteur, qu'elle se risqua à rester debout par ses propres jambes. Les petits tremblements s'estompèrent à mesure que la confiance grandît.

La première idée qui lui vint fut d'aller voir le ruisseau. Prenant un air déterminé, elle s'engagea sur la légère pente. Deux fois, alors qu'elle sentait défaillir ses membres, elle prit la peine de s'asseoir pour récupérer. Il fallait prendre son mal en patience, car Gaya y parviendrait, elle en était persuadée.

Enfin, elle fut au bord du ruisseau. Gaya le regarda sur toute la longueur qui lui était offerte. Le bruit de l'eau était sensiblement plus fort ici qu'à côté de l'arbre. Elle plia ses jambes sous son postérieur et, la tête au ras du sol, s'approcha de l'eau.

La jeune personne reste fascinée par les mouvements gracieux et infinis du liquide roulant sur les cailloux. L'eau, si simple, est une effervescence endormie. Gaya parvient alors à discerner la puissance considérable dissimulée par cet élément d'aspect faussement tranquille.

Elle plonge une main timide dans un remous, main qu'elle retire aussitôt. Une forte impression ainsi qu'un respect se lisent aisément sur son visage juvénile, bouche entrouverte par le choc. Un frisson la parcoure, non pas d'effroi, mais de compréhension. Cette force... Gaya perçoit qu'à travers son geste elle a atteint un palier, on lui a adressé un message : cette caresse douce et fraîche, c'était l'haleine de la vie !

Sans hésitation, elle joint ses mains en coupe et les replonge dans le ruisseau. Après s'être enivré un instant de ce nouveau contact aquatique, elle les retire, toutes dégoulinantes, et les yeux fermés, elle en approche ses lèvres et boit.

La sensation est complètement différente de celles connues à son réveil (celles-ci étant reléguées en arrière-plan de sa mémoire, mais toujours bien présentes). Le filet délicieusement frais s'abîme dans son organisme. Elle continue à boire lentement, sentant des zones internes vibrer puis un engourdissement relatif l'envahir. Elle ne fait pas attention aux deux gouttes qui glissent sur son menton et sa gorge. Une fois rassasiée, elle se rassit, ses mains humides posées entre ses cuisses.

Les yeux dans le vague, Gaya a une profonde inspiration.

Respirer et boire sont des mouvements essentiels à la vie.


(Suite : le 9 décembre)

vendredi 9 novembre 2007

IV – La place de chacun

Elle remplit ses poumons d'air. Expire le plus longtemps possible. Son odorat est déjà saturé des fragrances environnantes.

Elle observe alors patiemment ce qui l'entoure : le soleil est haut, le ciel est bleu, les nuages moutonneux roulent paresseusement ; l'horizon (un tour sur elle-même) se dessine une courbe ; sur l'étendue herbeuse devant elle, les plantes se balancent doucement au gré du souffle ; les insectes bourdonnent, stridulent, grignotent, tandis que les oiseaux planent, chantent, picorent ; le ruisseau glougloute silencieusement en contrebas et l'arbre grince en basse profonde ; elle, son cœur tambourine de manière onctueuse.

Sans justification, Gaya sait qu'elle n'est pas une intruse, qu'elle fait partie intégrante du système. C'est alors qu'une question lui vient en tête, que l'on pourrait formuler ainsi :

« Quel est le lien qui assemble tout ceci ? »

Elle a ressenti une harmonie entre tout ce qu'elle a pu apercevoir, que ce fut animé ou non. Il y existe une cohésion, un joint unique. Il est unique car il est le même entre tout ; toutes les interactions, conscientes ou non, instinctives ou non, se font par son biais. Néanmoins, chacun de ces liens, aussi petits ou grands soient-ils, s'élaborent en totale indifférence. Quelle que soit la tournure, l'assemblage sera parfait.

Le plus troublant, c'est que Gaya a la sensation que cet état de fait n'est pas fortuit.

Est-ce que cela se voit ? Cela se sent-il donc ? Ce ciment est-il palpable ?

Quelque chose m'aurait-il échappé ?

Un soupçon d'inquiétude apparaît soudain : ne saurait-elle pas tout ? Elle reste statufiée quelques instants, avant de se reprendre petit à petit, se rassurant son omniscience.

Le germe du doute n'en est pas moins planté.

jeudi 25 octobre 2007

III – L'histoire d'une vie

Une main s'égare sur la joue, cherche maladroitement l'endroit où l'épine de froid de la goutte s'est faite sentir. Tout s'est déjà évaporée.

L'enfant s'est redressée, appuyée contre le tronc d'un somptueux arbre, les jambes croisées. Elle a dégagé la capuche, et une cascade de cheveux roux doré s'est déversé dans son dos. Le phénomène étrange de sa peau semble aux prises aussi avec ses cheveux : la teinte se modifie sensiblement selon l'exposition au soleil.

Des picotements voyagent dans son corps, et ces petits crépitements organiques la chatouillent plaisamment.

Se retournant sur un côté, elle appose la main libre sur le tronc. Sa sensibilité lui permet de capturer la moindre nuance de l'écorce, de sa texture : d'infimes sillons, craquelures, bosses. Tout ce qui, en somme, paraîtrait pour malformation. Pourtant, ces stigmates ne sont pas apparus de façon anodine, il faut nécessairement qu'il y ait une raison à leur existence. L'arbre ne peut, dans sa nature même d'arbre, avoir créer sans utilité aucune de ces traces, ce qui signifie qu'il eût à subir des agressions. L'arbre dut s'adapter en conséquence : ces sillons, craquelures et bosses sont les cicatrices, les réponses. Ils contribuent au final à raconter une histoire, son histoire, et également assurer son identité.

L'enfant ressent de la tristesse vite remplacée par une conviction nouvelle : elle s'est éveillée pour entamer une histoire, la sienne. Et alors que cette pensée se forme en elle, ses doigts parcourant l'écorce sentent une pression étrange, semblable à un faible coussin d'air chaud. Dans le même instant, une porte s'ouvre en elle avec un déclic, et son bien le plus précieux lui est donné : son nom.

Gaya.

Ainsi commence son histoire.

mardi 9 octobre 2007

II – Réveil

D'abord le toucher. La goutte, s'écrasant sur la peau, explose en une myriade de gouttelettes qui s'éparpillent à l'impact. Un transfert de chaleur s'opère immédiatement, rééquilibrant la balance thermique des matières en jeu. Cela n'a pas échappé aux terminaisons nerveuses : c'est trop tard, le message de l'infinitésimal signal a enclenché l'impulsion de la conscience. La léthargie est terminée.

Suivent sans transition l'odorat et le goût : ces deux-là sont indissociables. Rien dans la bouche, mise à part la salive. La langue frémit. Une brusque et courte inspiration confirme l'éveil de l'être conscient. Des phéromones, des effluves et des odeurs pénètrent par les cavités nasales. Toute molécule est cataloguée.

L'ouïe enchaîne, pas de temps mort. Un tohu-bohu indescriptible envahit les oreilles de l'enfant. Le tri est expéditif : coulis de l'eau sur des rochers, léger bruissement de feuilles, faible grondement de la terre.

La vue s'ajuste en dernier. Lorsque la conscience s'éveille, ses yeux ne lui renvoient que la couleur rouge sombre des paupières. Celles-ci finissent par s'écarter doucement. Les pupilles se contractent au moment où des rayons frappent la cornée. Des iris verts, vides d'expression, se distinguent à travers les cils, pointant l'azur entre les feuilles et l'horizon. Un nuage s'avance dans son champ de vision, comme pour faire obstacle à cette rêverie, et les paupières s'élargissent soudain un peu plus, les yeux scintillant.

Premier clignement des paupières. Premier balayage de souvenirs.

mardi 25 septembre 2007

I - Naissance

_Perle dans le vide éternel. Elle navigue, elle flotte, ne coule pas. En vérité, elle ne peut couler. C'est la perle unique. Tantôt de nacre, tantôt d'un blanc laiteux. Cette couleur déchire le vide. Mais quelle couleur possède ce vide ? Ce vide possède-t-il une couleur ?

_Un soleil, solitaire, se consumant de l'intérieur, cannibale de lui-même. La chaleur devient insoutenable à mesure que l'on s'en approche, elle pourrait anéantir n'importe quel inconscient. Ses gigantesques turbulences le laissent de marbre, ne bousculent rien. Son activité est propre. Qu'est-ce qui pourrait donc perturber l'étoile ? Ce grumeau qui gravite autour ?

_Si brune, si bleue, si blanche : d'une fragile majesté. Des immensités brunes, des infinités bleues, des illusions blanches. Aucun de ces incommensurables domaines ne semblent reliés entre eux, pourtant... comment pourrait-on réagir sans d'autres éléments à sa portée ?

_Quelque chose scintille. Cet objet renvoie la lumière du soleil, faiblement. Ce n'est pas une perle, mais une goutte d'eau. Uniformément sphérique, d'un contour parfaitement lisse. On est en droit de se demander ce qu'elle peut bien faire en cet endroit, isolée, et depuis combien de temps. Sur l'atmosphère de la planète, elle surnage, elle s'y maintient. Ou non ? Il semblerait que... Oui ! La voilà qui tremblote, qui se laisse fléchir. Elle ne peut que s'abandonner. Y aurait-il un but en soi ? Peut-être.

_Maintenant elle franchit les couches d'air, imperturbable. Malgré la vitesse croissante, elle reste ronde, ne se désolidarise pas, entière. Sa trajectoire lui fait traverser un nuage, obstacle plus périlleux qu'il ne le veut bien paraître. La chute est inéluctable, il ne subsiste plus désormais que le point d'impact à connaître.

_Un arbre s'élève à proximité d'un ruisseau, dans un relief un peu bombé. La goutte plonge dessus à la verticale, mais, et cela est difficilement concevable, celle-ci perd de la vitesse. Elle transperce la frondaison, frôlant branches et feuilles, tout en ralentissant. Et ce n'est qu'à ce moment qu'on note la forme blanchâtre, duquelle on distingue un visage, allongée au pied de l'arbre. De plus en plus lentement la goutte descend, parallèlement au tronc, et s'arrête à un peu moins d'une dizaine de centimètres de la peau de l'inconnu(e).

_Il donne l'impression d'être mort, ou, plus exactement, inanimé, car, malgré les plis du vêtement on entrevoit la poitrine menue qui se soulève presque imperceptiblement. Les traits ne permettent pas de déterminer le sexe de l'individu. Ce que l'on peut constater, c'est qu'il s'agit d'une jeune personne, d'une douzaine d'années, approximativement. La peau est presque aussi immaculée que l'étoffe encadrant le visage, cependant, si l'on observe plus précautionneusement, l'épiderme s'adapte de façon subtile avec des tons plus ou moins foncés selon la variation de la luminosité. Les yeux clos ne bougent pas, malgré les stimuli impatients des feuilles coquines.

_Cet instant qui vaut mille interrogations, où le zéphyr suspend ses cabrioles et le temps ses sautes d'humeur, prend fin.

_La goutte tombe sur une joue.

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Yohann ©®™☺☼♥♫≈(2003-2009)