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vendredi 16 janvier 2009

En direct de Mars

Sur une image fournie par la Nasa, Mars révèle une activité saisonnière à propos d'émissions de méthane. Pour illustrer l'importance de cette découverte, les émissions de méthane sur Terre sont ventilées à 90 % par les êtres vivants, le reste par l'activité géologique.

Cette image démontre par conséquent que Mars réserve une activité géologique ou bien biologique, ce qui constituerait peut-être la première véritable preuve d'une vie extraterrestre. Cependant, s'ils s'agit d'une activité biologique, alors ces spécimens doivent se situer très en profondeur, là où de l'eau serait à l'état liquide.

Au final, c'est une bonne nouvelle, car il est désormais certain que Mars est toujours une planète en activité.

mardi 26 août 2008

La promenade dominicale se déroulait sans incident, respirant le vent à pleins poumons, souriant aux canopées ébouriffées, envoyant valser les aigrettes des pissenlits d'un coup du pied, quand je repérai un caillou bien plus brillant que ses congénères. Le ramassant, j'observai qu'il s'agissait d'une accrétion de mica noir.

J'ai médité sur une grande partie du chemin, le caillou dans la main ; me revenait en mémoire un morceau de mica blanc énorme trouvé dans le ruisseau, il y avait quelques années, depuis perdu ; celui-ci s'effritait, perdant des paillettes à chaque manipulation. Je me suis alors dit qu'il ne méritait pas de finir exposé sur une étagère. Je me suis approché du ruisseau, et je l'y ai jeté, pensant qu'avec le courant, il s'émietterait de la même manière qu'un galet, embellissant le ruisseau de discrètes étincelles.

mardi 19 août 2008

Cette maudite pergola qui attire une foultitude d'araignées, qui utilisent la fenêtre pour investir ma chambre ! J'vous ai déjà raconté la fois avec le faucheux... J'en ris, maintenant, mais sur le coup... Une autre fois, je me suis réveillé, un matin ; je me mets sur un coude, et qu'est-ce qui se met à traverser à toute berzingue mon oreiller (oui, mon propre oreiller ! Ce sur quoi je bave la nuit !), je vous le donne en mille : une araignée.

J'évoquais la pergola. Sur un des fils porteurs d'une toile en train d'être rebâtie par une épeire, s'est piégée une feuille d'un chêne du fond du jardin. Au moindre souffle de vent, là voilà qui gigote, désarmée. Les Parques sont intraitables.

mercredi 13 août 2008

Gaëtan et moi-même nous promenions dans les bois. Nous marchions sans nous préoccuper du ciel imprévisible au-dessus de nos crânes. Les arbres rejoignaient leurs branches couvertes de feuilles et apportaient un abri naturel. Nous débouchâmes à un croisement de chemins.

Soudain, sur la droite, je remarquai un phénomène en train de se produire et avertis Gaëtan. Une pluie douce tombait en fines gouttes à une trentaine de mètres ; nous étions cachés dans l'ombre du nuage, au sec, tandis que dans la lumière la bruine se confondait en un mur aquatique, ou une porte menant à un autre monde.

mercredi 6 août 2008

Le faucheux

Alors que je me dirigeais vers le frigidaire afin de me rafraîchir le gosier, je sentis un chatouillis sur le front au-dessus de mon œil droit. Je me grattai, croyant à une mèche rebelle. La démangeaison continua et c'est au moment où apparut dans mon champ de vision des fils qui ondulaient de manière propre, que je compris qu'un faucheux se déplaçait sur mon visage ! J'ai tout naturellement lâché un cri inarticulé en chassant la bestiole de la main. Puis, magnanime, j'ai saisi le journal et... l'ai chassée dehors.

Le faucheux (ou opilion) est l'araignée à longues pattes et possédant un corps en forme de boule grise. Elles sont capables d'abandonner un membre pour survivre, comme les lézards et leur queue ; ce qu'on nomme l'autotomie. Mon père me racontait qu'étant petit, il en attrapait et en arrachait les pattes, un peu comme une marguerite les pétales. Je n'ai jamais pu le faire ; d'une part, je ne voyais pas ça comme un jeu, de condamner ces bêtes : imaginez que l'on vous le fasse (ça me rappelle un passage du film The last king of Scotland ; abominable) ! D'autre part j'ai horreur des araignées en tout genre, même si celle-là ne m'effraie pas vraiment...

mardi 5 août 2008

- C'est magnifique.
Je m'arrête et me retourne.
- Quoi donc ?
- Le spectacle que la nature peut nous offrir.
L'homme qui me parle est un habitant de mon quartier. Alors que je remontais la pente de ma rue, il avait soudainement débouché d'une maison avoisinante, pour s'immobiliser sur la route, fixant quelque chose en l'air.
- A quoi vous faites allusion ? fis-je, gagné par la curiosité et saisissant l'occasion de pouvoir discuter avec lui.
- Regarde là-haut.
Je lève la tête vers sa maison (il sortait de chez un de ses amis), mais ne vois rien ; plutôt, ne vois pas ce qu'il souhaite me montrer.
- Il y a un nid d'hirondelles sous le rebord du toit.
- Ah oui, exact.
- Elles sont venues et ont essayé à plusieurs endroits d'en construire un. On aperçoit les marques sur le mur.
La façade en crépi blanc laissait apparaître les tentatives de nidification, à même hauteur que celui finalement édifié. J'avais dans l'idée qu'à l'avenir, il n'essayerait pas de les effacer.
- Elles ont mis plus d'un mois pour le faire ; elles se sont accrochées, petit à petit, pour le monter. J'ignore avec quoi. (Après une courte pause :) Tu sais, on dit qu'une maison qui abrite un nid d'hirondelles, c'est qu'on y est heureux. Alors chez moi, on doit être heureux, pour l'avoir recueilli !
Il me souriait. Je lui rendis la pareille. Il ne payait pas de mine : vêtu d'une veste beige et d'un béret, portant une moustache ou une brosse de poils de nez antédiluviens (ma mémoire photographique s'embrouille), le tarin en trompette écrasée et la face rougeaude, les pommettes et le ventre ronds. Son haleine avinée facilitait l'élocution.
- Et ce qui est beau, c'est d'observer les allers-retours des parents pour donner à manger aux petits. Il y a deux oisillons ; j'ai regardé par la fenêtre. Et qu'est-ce qu'ils sont volaces, les parents !
- J'ai remarqué que les hirondelles ne se posaient jamais à terre ; en tout cas je n'en ai pas vues le faire.
- Oui, c'est vrai ! Elles volent au ras du sol et des champs, ramassent pleins d'insectes et les ramènent... Véloces, pas volaces. Oh ! Ça y est !
Une hirondelle, se déplaçant très vite, remonta à la verticale jusque l'ouverture, distribua la récolte en à peine une seconde et repartit, en lançant des cris stridents.
- C'est magnifique.
- J'avais vu un reportage qui passait sur la 5, et qui filmait des types dans une grotte au Brésil ramassant des nids d'oiseaux à plus de 60 mètres de hauteur ! En fait les nids entraient dans la composition de plats et se vendaient à un tarif aussi élevé que le cours de l'argent !
Ah ! Moi et ma grande g... mon grand bec.
- C'est interdit par la loi d'enlever les nids d'hirondelle. Je me suis renseigné : 15 000 € d'amende et quelques mois au frais.
- Ça fait mal.
- Ce sont des oiseaux protégés. 15 000 € et des mois de prison.
- J'en ai vu deux, des nids, sur les nouveaux logements, en face de l'école maternelle des curés.
- T'as raison ! J'les ai vus aussi. Eh bien les locataires n'ont pas intérêt de les toucher !
Visiblement ému, le visage illuminé, il ajoute :
- Et ce qui me fait le plus plaisir, par dessus tout, c'est qu'elles reviendront à ce nid l'année prochaine, et les années suivantes, après leur voyage d'hiver en Afrique.
Dans la lumière du jour finissant, un ciel dégagé de tout importun nuageux offrait ses espaces sans limites. L'hirondelle revint, chargée de victuailles pour ses petits, et une nouvelle fois retourna virevolter, en chasse.
- Pas à dire, c'est beau.

mardi 29 juillet 2008

Le champ de blé rendait un son qui ouvrait en appétit, tout autant que cette couleur mie de pain mûrissant au soleil ; je m'approchai et cueillai un épi. On se nourrit avec ce qu'on trouve, et ces grains consommés, à défaut d'être croquant, fondaient sous la dent. « Tant pis pour le paysan ; avec la spéculation sans retenue et la montée des prix effective, un épi de plus ou de moins ne l'amènera pas à la faillite » ai-je pensé, pour apaiser ma conscience.

A proximité de la station d'épuration coule le ruisseau qui fit mes jours heureux de l'enfance. Un pont de fortune constitué de rondins et de palettes permettait une traversée les pieds au sec, et conduisait le randonneur directement dans le bois. La température descendit sensiblement, mais la sudation créée par l'effort n'allait pas cesser : le bois se situait sur un relief soutenu.

Le sentier déboucha sur une croisée des chemins : à droite, je savais où il menait ; à gauche, je l'ignorais, et il n'était certainement pas emprunté par des véhicules quelconques, car de jeunes et robustes châtaigniers croissaient sans vergogne en plein milieu. J'optais pour l'inconnu ; « Frissons garantis ! » Le vent s'amusait à secouer la canopée ; de hauts noisetiers se balançaient les feuilles agitées, offrant du sol une toile vivante de pointilliste.

La soif se fit insistante ; je me morigénai sur l'oubli fâcheux d'une bouteille d'eau. Retourner me rafraîchir au ruisseau fut une idée que j'écartai vite : de l'eau malpropre et malodorante en provenance de la station avait détrempé la terre alentour. Boire plus en amont ne m'inspirait pas non plus ; les cours d'eau en Bretagne n'étant plus hélas dignes de confiance, je préférai m'abstenir.

La sortie ensoleillée donnait sur un champ en friche et en pente, l'inclinaison orientée au sud. Le fil électrique utilisé comme clôture ne fut pas un obstacle insurmontable ; les piquets plantés droit et non selon l'angle de pente du champ abaissait de fait la hauteur du fil. Je passai également de la fraîcheur bienfaitrice des arbres à la chaleur moite des herbes transpirant la sève et la rosée.

L'endroit ne m'était pas familier ; je grimpai la colline, évitant des bouses séchées, preuves d'une activité bovine antique, jusqu'à une double rangée de fils électriques protégeant une plantation de pommes de terre. Le paysage, en me retournant, ne m'évoquai rien, non plus. Une colline me faisait face, la même parcelle, où sur ce versant des pousses éparses de fougères offraient leurs verdoyants chapiteaux.

Je m'y dirigeai, bousculant quelques insectes effarouchés. Un rapace siffla dans les airs ; levant les yeux, je l'aperçus loin devant, grand, majestueux, une buse ou un faucon ; à cette distance, l'oiseau de proie devait bien mieux m'observer que je ne pouvais le faire. Tandis que je restai à le regarder, lui s'élevait en cercles par un courant d'air ascendant.

mardi 15 juillet 2008

Les premiers chatons sont tombés dans le jardin. Suivront les bogues, et les fruits qu'elles contiennent. Si les châtaignes passent l'hiver, elles germeront et donneront des plants. Les autres pourriront, se décomposeront, nourriront les détritivores et à terme les arbres qui leur auront données une chance de voir le jour.

Un atome de carbone que contenait le brugnon que je viens d'ingérer a pu provenir d'un orteil de brontosaure. Ou s'être échappé du cadavre de François Ier. Ou d'une mandarine. Ou d'un diamant, peu importe. C'est un cycle éternel. Ceux qui dénoncent les repas de cantine par cette sentence « C'est de la merde ! » n'ont pas tort, au fond. Ce sont des excréments recyclés, dans notre assiette.

Mais ce n'est pas une raison pour accepter que l'on mélange de la mozzarelle avec des vers, des crottes de souris et/ou du fromage avarié. Si cela ne tenait qu'à moi, je les condamnerai pour crime contre l'humanité.

dimanche 13 juillet 2008

Ce matin je me suis levé en sursaut et en sueur. J'ai regardé mes mains : on aurait dit que je les avais trempées dans un seau de sang.
Non. De sève ; hier j'ai tondu la pelouse... Pardonnez-moi !
Cette odeur de végétation découpée... Écœurante.

lundi 7 juillet 2008

Vraiment, c'est un des moments que j'aime : écouter le son de la pluie, accompagné de rafales de vent, qui tambourine le toit, le tout en plein milieu de la nuit. Fermer les yeux ou non ne modifie pas le tréfonds sensationnel de l'expérience.
Ajoutez à cela un feu de cheminée dont les braises rougeoient au fond du foyer, la lumière dansant sur votre visage pensif, bien installé dans un fauteuil rembourré... Pour paraître moins égoïste, nous nous faisons rejoindre par le partenaire de notre vie.
Une variante consiste en lieu et place d'un fauteuil dirigé vers une cheminée un lit dans lequel nous serions allongés, la tête reposant dans les mains croisées, l'esprit voguant sur des mers personnelles.
Chaque goutte nous parle ; chaque goutte possède sa voix, unique ; une pluie est un chœur de gouttes, qui vient et qui s'en va, qui monte et qui descend, qui s'abat et qui s'ébat. Chaque pluie joue sa partition, c'est une symphonie que l'on n'entendra plus, par la suite. C'est un cadeau des nuages. La raison pour laquelle j'écoute attentivement.
Bercer est leur nature ; voilà pourquoi la pluie est bienfaitrice, voilà pourquoi l'eau est synonyme de vie.

jeudi 3 juillet 2008

Les publicités pour vendre des voitures me chagrinent, plus précisément celles tirant sur la corde écologique. C'est une hypocrisie tellement énorme, évidente qu'elle passe inaperçue. En quelle façon une voiture actuelle peut-elle être écologique ? Moins de CO2 ? Allons, il y a d'autres particules bien plus insidieuses (CO : monoxyde de carbone ; O3 : ozone) que l'on évoque peu, et ô combien redoutables pour la santé. Ils utilisent la même technique que pour la cigarette dite « light » ; plus de consommation pour autant d'effet.
Le bio-éthanol est une vaste blague : pour un litre de ce liquide, vous avez besoin d'un litre de gazole pour le produire. On a autre chose à consacrer aux terres arables (dont la superficie diminue de plusieurs dizaines de milliers d'hectares par an, sinon plus) que du soja ou je ne sais quoi d'autre.
Pourquoi existe-il autant de freins à l'autonomie énergétique ? Les entreprises concernées immédiatement par le profit dans ce secteur économique sont-elles si puissamment à l'œuvre ? Cela se joue-t-il aussi à l'échelle diplomatique ? L'Europe n'est-elle finalement qu'une couillonnade où se sont infiltrées les sus-dites entreprises ? Veulent-elles nous voir continuer à crever de maladies directement liées à ces activités ? Le prochain X-Files va-t-il enfin tout nous révéler ?
Je m'aperçois que mon coup de gueule est parti comme une fusée d'artifice, et a éclaté en vol un peu n'importe où...

mercredi 2 juillet 2008

Vous jubileriez devant des monstres de la nature ?
Tellement haut, tellement lourd, tellement vieux ?
Les séquoias d'Amérique du Nord sont faits pour vous !
Plus de 100 mètres. Plus de dix fois le poids de la baleine blanche. Plus de 3 000 années au compteur.
Il y a de quoi vous rendre humble. C'est tout simplement le plus grand être vivant de la planète.

mardi 1 juillet 2008

Qu'est-ce que je disais ? L'hiver arrive !
J'ai beau apercevoir quelques papillons se balader, des feuilles tombent déjà des arbres !
Et des châtaignes fin juillet ?

mercredi 25 juin 2008

Voilà, ça y est, c'est parti.
On a dépassé le solstice d'été, la durée du jour diminue, les filles ne sont plus en jupe, il fait déjà nuit à 18 h, je tombe en dépression, je prends du Prozac, le 11-Novembre, la période de Naouël et son délire de consommation...
Mais ? Que vois-je ? Le solstice d'hiver ? Espoir !

'Comprenez pourquoi je préfère le printemps, bande de jojos ?

samedi 21 juin 2008

Sur le chemin de retour d'Évreux, au bord de la route sortait de terre une pancarte proclamant :

Oui au soleil
et au vent

Ça m'a beaucoup frappé, d'une part parce qu'elle m'a parlé, d'autre part j'ai trouvé l'idée lumineuse. Au lieu d'écrire :

Non aux sandwichs
moules et frites

et de placarder une négation qui plongeront les lecteurs dans une noirceur imprévue et subie après une journée de boulot éreintante, on utilise le « oui » pour faire paraître évident aux gens du bien-fondé et de la logique de la démarche, et surtout du message que l'on souhaite délivrer. C'est pourquoi je pense en créer moi-même et les placer aux entrées de Pleug'. J'ai dans cette optique soumis le projet à un ami qui l'a apprécié, mais vu qu'il part incessamment sous peu avec sa douce en Crète, je me dis qu'il a le temps de l'oublier.
Je donne des idées de slogans :

Oui au chant des baleines
Oui au Japon dans l'UE
Oui aux noix de cajou
Oui aux merles et aux rossignols
Oui à la purée pour bébé
Oui au miel d'oreilles
Oui à la dérive des continents
Oui aux strings dans les hospices

Vous avez une bonne base, à vous de jouer !

jeudi 19 juin 2008

On dit qu'il marche sur la cîme des arbres.
Qu'il est l'enfant des étoiles.
Qu'il est aussi léger qu'une plume, que les branches, brindilles, feuilles, bourgeons ne ressentent pas son poids, qu'il ne les fait pas plier.
Que son sexe est à déterminer : une jeune femme pour certains, un jeune homme pour d'autres. Une petite partie s'interroge sur la réalité d'un sexe à lui donner.
Qu'on ne l'a jamais vu arpenter le sol.
Que la route qu'il suit n'est autre que le chemin des rêves.
Que la foudre qui fend un arbre lui fend le cœur.
Qu'il s'arrête souvent pour écouter les oiseaux chanter, et que ceux-ci sont fiers d'être ainsi mis en valeur.
Que l'on peut voir ses cheveux magnifiques et entendre son rire quand le vent souffle fort.
Que l'on retrouve sa trace légendaire dans une extraordinaire majorité de zones forestières, indépendamment de la distance, à travers le monde.
Qu'un arbre soit feuillu comme en été après une chute de neige indique qu'il y a passé la nuit.
Qu'il mourra à l'instant où le dernier arbre aura été déraciné.

lundi 16 juin 2008

Le pigeon

Un pigeon vole. Ça fait flap-flap quand ça flippe. Ça tient en équilibre sur une branche, on ignore encore comment.
Un pigeon marche. Ça dodeline de la tête ; c'est le poulet des villes. Ça jette des coups d'œil dans tous les sens ; ça ne choppe pas de torticolis, on ignore toujours comment.
Un pigeon mange. Ça picore tout ce qui lui passe sous le bec, et on ne préfère pas savoir ce qu'il ingurgite. C'est l'équivalent d'une chèvre, un peu, quelquefois l'emballage y passe. Les mémés et les pépés les attirent tout particulièrement, ne me demandez pas pourquoi.
Un pigeon défèque. Ça est son utilité première ; ça ne rate jamais sa cible ; les savants s'en arrachent les cheveux.
Un pigeon a des couleurs. Ça passe inaperçu sur les toits, sauf quand ça se meut. Ça est aussi criard qu'une façade d'immeuble exposée aux gaz d'échappement du périphérique parisien ; ça est aussi tacheté que le fond de couche d'un nouveau-né. Ça paraît d'une attirance irréductible pour certains esthètes ratés, malgré ça, et l'oracle de Delphes en reste muet.
Un pigeon roucoule. Ça fait fondre les romantiques innocents, ça fait fondre ma patience : c'est indécemment irrationnel.
Un pigeon meurt. Ça disparaît de façon pathétique, en général : un chat de gouttière, un camion sur l'autoroute, un gravillon avalé de travers, une branche en plein vol, une tapette à souris, un pot de fleurs du quatrième étage, les pales d'un hélicoptère, un câble électrique dénudé, une overdose de miettes. Et pour ça, je n'ai nullement besoin d'explication.

jeudi 17 avril 2008

Il existe un génocide d'êtres vivants dont on ne parle jamais.

Je peux me tromper en écrivant « jamais » ; lisez jusqu'au bout, vous jugerez après.

Il s'agit du microcosme jardinier.

Hier [lundi dernier, NdY] je passais la tondeuse lorsque je songeai avec une brusque honte mêlée d'un repentir immense que j'étais l'exécuteur d'un nombre incalculable de bestioles et autres collemboles.

La question qui surnageait au-dessus de mes réflexions fut la suivante : « Quelles sont les raisons pour que l'on en vienne à uniformiser la hauteur d'une pelouse ? » Cependant, une autre question, bien plus fondamentale celle-là, vint bousculer la précédente : « Et d'abord, à quoi peut bien servir une pelouse ? »

A cela j'y vois deux raisons.

La première est d'ordre esthétique. Le vert renvoie à la couleur préjugée de la nature ; être entouré de surfaces de gazon opère donc comme un rachat de conscience, en particulier pour les citadins : on importe avec soi un peu de la campagne. En affirmant cela, on se fourvoie complètement. Citez-moi un seul endroit au monde où l'on retrouve une aire d'herbe rase à l'état naturel. Mis à part la toundra (et encore), une pelouse naturelle revient à dire un cadavre vivant. Mais cela rassure, d'avoir près de soi un coin d'herbe, ce vert odorant après une tonte et l'éparpillement des déjections canines. Ces parcs doivent contrebalancer les teintes mornes et grises des immeubles ; ils ne font que jurer et proférer des insultes à l'égard des tours, renvoyant et accentuant ainsi leur image de désolation sociale. L'humain répond à l'humain. Pour mieux dissimuler cet état de fait (pour « égayer les villes », diront certains), on en vient à recouvrir les toits de plate-bandes végétales, ou à faire pousser des plantes sur les façades (par exemple le musée du Quai Branly à Paris). Je ne sais que penser de cela : est-ce une avancée ?

La seconde raison invoquée est d'ordre psychologique. Vous me diriez : la première aussi était empreinte de psychologie, et vous n'auriez pas tort. Néanmoins, le point sur lequel je souhaite vous amener est celui de la peur, la peur inconsciente de la sauvagerie, du primitivisme, d'un retour en arrière. Ère primitive pas si éloignée que ça, à ce propos. Tellement peu éloignée qu'elle n'est l'affaire d'un instant ; on peut prendre en exemple la géniale scène de 2001 : l'odyssée de l'espace, au moment où le primate, tout à la joie en y découvrant une arme, lance le fémur en l'air qui retombe sans transition aucune en un module flottant dans l'espace. Un parterre de fleurs est une zone contrôlée, une pelouse tondue est une pelouse soumise, un arbre élagué est un colosse docile. Est-ce vraiment la Nature ? Veut-on son épanouissement ou bien rassurer le besoin d'asservir qui anime les hommes ? Voir un jeune arbre soutenu par des témoins m'a toujours fait frémir d'horreur. Sous prétexte de le protéger des intempéries, on lui offre un carcan qui le fragilisera d'autant plus parce qu'il ne se sera pas renforcé en s'exposant aux phénomènes naturels. Il en résultera un tronc trop mince, et le jour où il se fracassera sur une bagnole par un coup de vent irrésistible, la faute en incombera aux services municipaux, alors que le problème était pris à l'envers dès le départ. Et ce charivari coûtera de l'argent... De l'argent ! A croire que tous nos maux tournent autour de l'argent. L'ultime artifice ! L'argent consacre le règne de l'artificiel, offrant un rempart bien mince.

Face à cet omnipotent levier de persuasion, que vaut le microcosme jardinier ?

Apprécieriez-vous d'être mis à mort par les lames d'une tondeuse ?

Pas plus que vous.

Voudriez-vous d'une brousse comme jardin où vivrait une vipère ?

Non plus.

Aviez-vous le sentiment de défigurer votre jardin en y laissant marguerites, pissenlits et autres boutons d'or s'ouvrir au soleil ?

Au contraire.

Il y a plusieurs étapes d'un terrain vague à un jardin. Il ne faut pas humaniser à outrance, c'est ce que je pense.

jeudi 20 avril 2006

Le tour de ma vie en une heure !

(ou comment déprimer à vitesse grand V)

_Il est 14 heures. Ma chambre est de plus en plus oppressante, la lumière de mon bureau est morbide. J’enfile godasses, falzar, écharpe, et je sors.
_Je prends le chemin de gauche pour entrer dans le bois ; à droite c’est trop bruyant, quelque chose est en train d’être construit. Combien de fois n’ai-je pas emprunté ce chemin !… Comme par hasard, un feu de Pé Jean, un de ces feux recouverts de brindilles vertes mettant trois jours à se consumer et à enfumer le quartier. Bouffon !
_Je suis d’humeur maussade. Marcher me permettra peut-être de récupérer un semblant de moral. Tu parles ! Je ne vois vraiment pas ce qui pourrait me sortir de cette nappe de brume, et je n’ai pas non plus vraiment envie. Je ne me complais pas dans cet état, mais à cet instant pour avancer je n’ai rien d’autre. Rien.
Risible
Imbécile,
Ennuyeux
Nabot.
_Rien, donc. C’est moi.
_Je traverse le ruisseau que j’ai blessé tout au long de ma jeunesse. Après un bond majestueux d’une trentaine de centimètres, me voilà de l’autre côté. Quand tu veux, tu peux ! (…)
_Je n’ai même pas envie de rire de ma condition.
_J’aborde le champ de Mr Tymen. Les images de mes potes pourchassant les vaches cul à l’air ne me font même pas sourire. Sur ma droite, je revois les deux arbres qui ont symbolisé mes aventures dans ces bois, et qui ont disparu à jamais : un chêne et un châtaignier, hauts de plus d’une quinzaine de mètres. Il n’y a que dans le chêne que je réussissais à grimper.
_Je longe le bord du champ terreux, la tête baissée. Une boule de poil mélangée à quelques os : une belle chiure de chouette. Le crâne blanc de la musaraigne sort de la terre. Etre ou ne pas être le néant, that is the question.
_J’erre dans l’immense champ. J’aperçois une pierre au loin. Je m’y avance bon gré mal gré. Je monte dessus. Je comprends la signification de mon attirance pour cette pierre : elle est inutile. Je suis inutile. Je suis un champ de terre où il ne pousse que des pierres. Je ne me suis jamais senti aussi inutile de ma vie qu’à ce moment, sous ce ciel lourd, gris et nuageux, perché sur ce plat caillou.
_J’ai vraiment atteint le fond du puits, je continue pourtant à creuser.
_Repoussé par les vents, je descends et continue ma traversée du désert breton. Une coquille d’huître décolorée s’incruste dans ma vision. Objet incongru. Ah. Tiens. Je le suis aussi, incongru. Une étrangeté du paysage.
_Je marche toujours. Je crois que c’est ce que je fais de mieux, même si j’ai l’impression de boiter en permanence. Une sorte de canard boiteux. Quelque chose dans ce goût-là.
_Je sors du champ, j’emprunte un chemin caillouteux. Du pareil au même.
_Un pommier rabougri trône seul. Rabougri, quel mot curieux. Il lui va bien. Un rayon de sympathie sort de mon cœur (j’en ai un, oui). S’éteint très (trop) vite. Le peu de volonté que j’avais en ma possession a plié bagages. Les femmes et les enfants d’abord !
_Sur mon chemin, de nouveau un cadavre de musaraigne. Décidément, c’est ma journée ! Un peu plus frais celui-là : les yeux ont certes disparu mais la peau est intacte.
_Je ramasse une fine branche de noisetier de la main droite. Je fouette l’air, qui persifle. Puis je balaye le sol de ses feuilles, petites branches… Ma main gauche est dans ma poche, elle joue aux boules chinoises avec ma montre. Aucun effet.
_Et sans discontinuer, en bruit de fond, le chantier. Je décide de monter voir de quoi il s’agit. Influencé par un truc extérieur, c’est plutôt bon signe ! Surtout pour voir qu’est-ce qui avance alors que je reste sur place.
_Je croise la mère d’un copain qui lui a aussi des ennuis existentiels de pacotille. C’est la promenade des Damnés ! Je lui dis bonjour.
_Le chantier n’est autre que l’extension de mon ancienne école primaire. Je m’en fous complètement.
_Je remonte le chemin raide et pivote à droite, là où se trouvent un bac à sable rempli de feuilles ainsi qu’une vieille balançoire en poutres de bois vermoulues. Une corde coupée à mi-hauteur y pendouille, relique d’un temps perdu.
_Je n’ai rien pour moi. Je suis un bac rempli de sable et de feuilles mortes humides et en décomposition. Pourquoi les gens paraissent-ils tous sûrs d’eux autour de moi ? Suis-je le seul à perdre du temps à me morfondre ? Comment puis-je m’arrêter de penser à tout ça ? Suis-je né absurde ? Abstrait ? Décalé ? Suis-je réellement d’une utilité à quelqu’un ? Pourquoi je me prends la tête sans arrêt avec des problèmes de merde ? Pourquoi je me pose ces questions de merde ?
_Y a-t-il véritablement une personne capable de me répondre ?
_Je quitte mon homologue le bac à sable. Les neuf mètres du chemin me séparant du bitume sont constellés de pissenlits et de pâquerettes. Ça tombe bien, j’en suis au ras. C’est à désespérer d’avoir encore de l’espoir.
_Il est 15 heures.

_Tout de même, ça fait du bien de vider son amertume. J’évite à tout prix ce genre de vague à l’âme, mais quand ça te frappe de plein fouet, on ne peut l’esquiver. Je me sens un peu mieux. J’aurai ce week-end pour me changer les idées, a priori : le concert de Kardu et la soirée chez Ronan. Oublier le plus possible pour repartir.
_Et, pour une fois, vivement l’été.

jeudi 21 juillet 2005

Rencontre avec un chat.
Je passe par mon jardin de derrière pour m’éviter de faire un détour et de croiser la route d’un bonzhomme taillant sauvagement une pauvre plante au taille-haies. « Assassin de pseudo-jardinier-paysagiste de mes… » En maugréant contre le bruyant énergumène, je manque une fois de plus de me tordre une cheville car la pente est raide et traîtresse (comme toute descente aux enfers) et il faut prendre garde où l’on met les pieds.
Lorsque j’atterris en bas, je constate que la municipalité pluguesque n’a pas tondu la pelouse du terrain vague depuis un bout de temps : il est couvert de hautes herbes et surtout de fleurs blanches. Je n’y connais rien en botanique, à mon grand regret, je suis juste bon à distinguer une marguerite d’un hortensia. Ce sont ces fleurs qui ont leurs graines (ce que je présume être des graines) en forme de parachute, et quand on leur souffle dedans ça explose en un feu d’artifice tout blanc, s’éparpillant au vent. Vous devez peut-être voir ce que j’essaie de vous dire. J’imagine que si une forte bourrasque s’était levée, j’en aurais été recouvert de la tête aux pieds !
Je marche vers le haut du terrain vague. Cet espace vert surplombant l’école publique est surnommé « terrain vague » non pas parce qu’il est couvert de détritus et mal entretenu (quoique dans le cas présent les hautes herbes n’embellissent pas son aspect) mais simplement à cause de ses bosses, qui rappellent les formes cambrées de la mer.

A l’ombre d’un pommier se rafraîchit un chat. Ce félin-là m’a déjà repéré avant que je ne l’aperçoive : il me scrute attentivement du regard, aux aguets complets. Au moindre mouvement brusque de ma part je sais qu’il filera. Je m’installe à moins de cinq mètres de lui, et j’en profite pour l’examiner. Il se détend peu à peu, voyant que je ne m’approche pas pour l’importuner.
Du museau à la queue, ce chat est un splendide dégradé au naturel : couleur claire de crème anglaise sur la tête jusqu’à un beige-chocolat au lait au niveau du bassin et des pattes arrières, la queue étant d’un gris charbonneux. L’animal se marie admirablement bien avec les teintes blanches des fleurs-à-parachutes et les teintes brunes des herbes qui se dessèchent au soleil. Je pense que Monet aurait pu en tirer un tableau, intitulé « Impression, chat se reposant ».
Je continue à l’observer malgré moi, sous un châtaignier, assailli par les insectes et les araignées, assis dans l’herbe recouverte d’éparses feuilles mortes et de chatons. Leur homonyme adulte me regarde, les yeux mi-clos, affalé de tout son long ; seulement la tête dédaigne-t-il soulever pour se tenir un peu au courant de mes gestes. Lorsque je tente de le siffler, celui-ci cligne des paupières en tournant paresseusement la tête afin de m’ignorer, à leur manière royale.
« Petit snobinard »
Le temps s’écoule lentement. Une pie jacasse au-dessus de moi et ce son rauque parasite mes fugaces idées. Les rayons solaires frappant ma page m’éblouissent, preuve s’il en est besoin que notre cher astre lumineux poursuit son inexorable course vers l’Ouest. Un papillon blanc file tout près dans le champ de vision du chat, et je le vois suivre avec intérêt le vol confus de ce bout de papier animé. Sûrement trop paisible dans sa position, le chat le regarde s’envoler au ciel et se confondre avec les nuages moutonneux.
Au loin devant moi je remarque un lampadaire, le seul qui me soit visible, et entouré d’arbres. On se croirait dans une aventure de C.S. Lewis. Sauf que le Aslan qui m’est assigné manque quelque peu de carrure… De par son envergure, on pencherait pour un lion miniature qui aurait oublié de faire pousser une fourrure à son encolure.
Le chat se lève, tout à coup. A-t-il perçu ma grossière comparaison avec son cousin le grand fauve ? Me punit-il de son départ pour l’avoir offusqué ? Je ne sais. Il s’étire délicatement, baille à s’en décrocher les mâchoires et se met tranquillement en route. Je le vois passer entre les fleurs et les herbes, chat maigrelet entouré de graminées. J’avais supposé juste : le matou se confond étonnamment bien dans la végétation du terrain. Frôlant les fleurs, il laisse dans son sillage une quantité de graines-parachutes, telle une comète dans le champ des étoiles.
S’arrêtant un instant pour humer quelque chose, le chat bondit soudain et court jusqu’à l’autre bout du terrain, disparaissant ainsi de ma vue.

Juste à côté de l’endroit où le félidé somnolait, un vent souffle, faisant tournoyer nombre de parachutes, et rendant visible les courants d’air de la petite tornade. Me voilà seul, à gribouiller ma feuille.
Pourquoi ai-je la sensation de sentir poindre l’automne ?
Oui, ce journal électronique recèle de textes qui sont malgré tout ma propriété. Si vous souhaitez en utiliser un, contactez-moi grâce à l'adresse suivante : sacred.fire.blogspot@gmail.com
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Yohann ©®™☺☼♥♫≈(2003-2009)