mercredi 25 juillet 2007

XII – L’écharde de métal

Au foyer de la cité sylvestre,
Parallèle à l’Axe du monde,
Son éclat est masqué dans la roche.
La source suintant et se répandant
Nourrit l’Arbre protecteur,
Prévient la main non-désignée.
Pure connaissance et destruction de l’ignorance.
Libérée de son assujettissement minéral,
L’
Épée scintille au clair
Sur le couperet de la balance.
Ineffable est son enseignement,
L’éloquence contre la rhétorique,
Elle possède deux tranchants.

XIII – Le miroir de l’âme

N’ayant pour seul reflet
Que le cours de ses pensées,
Lui, le Chevalier, devra décider
Au nom du monde et de sa destinée.
Un choix est lourd de conséquences,
De n’importe quelle taille et apparence,
Frôlant le courage ou la démence.
Se dérober ne sert à rien,
Sans le Mal, il n’existe pas de Bien,
Attendre, car tout vient à point.
Dès le commencement, il comprendra
Que le plus décisif des combats
Se livre au fin fond de soi.

dimanche 15 juillet 2007

Un 14-Juillet

Le premier 14-Juillet du président haï. Celui-ci avait décidé d'un concert sur le Champ de Mars, suivi d'un feu d'artifice géant d'une demi-heure environ (en concertation avec la mairie de Paris...). Concert géant placé sous le signe de l'Europe.

Toutes les stations de métro étaient fermées autour de la Vieille Dame, Bir-Hakeim incluse. Mon frère et moi nous étions donné rendez-vous à une heure précise, où un de ses amis futur ingénieur devait nous rejoindre. Sorti station Trocadéro (entourée de paniers à salade), je descendis par la rue Benjamin Franklin puis le square Alboni où je venais grossir une foule de badauds. Mon frère me retrouve quelques minutes plus tard, à la jonction du pont Bir-Hakeim et de l'Allée des Cygnes, et il tâcha de me prévenir : son ami était un sarkozyste pure souche et se prénommait... Nicolas.

Un petit mot sur l'école de mon frère : l'ESTP (pour École Spéciale des Travaux Publics) se situe boulevard Saint-Germain, proche de la station Maubert-Mutualité, coin huppé de la capitale s'il en est (mais il en existe des plus pointus), au cœur du quartier latin. La sélection s'opère par concours et sur dossier. En général, l'ambiance studieuse des classes préparatoires laisse le pas à une décontraction digne des dernières années de médecine. J'ai pu avoir sous les yeux une sorte de bulletin mensuel (ou hebdomadaire ? Peu importe.) où l'on pouvait retrouver des aventures épicées d'étudiants se soulageant au sortir d'une semaine de cours chargée... quand ce n'était pas tous les soirs de la semaine. En l'espèce : « X s'est retrouvé avec la braguette ouverte, et elle n'attirait pas que les mouches ! » ; « Le lendemain, on le retrouvait dans son matelas de vomi » ; « D'après Z, elle n'en était qu'à sa troisième proie de la soirée. Go ahead, babe ! » ; « W a repéré une rousse mignonne à qui il a payé un verre. Il semblerait que ce soit une tactique pour consommer gratis, qu'elle soit coutumière du fait et qu'elle ait un mec ! »

Quatre élèves sur cinq ont voté pour l'actuel président, dans cette école (source : mon agent dans la place), et c'est une estimation optimiste. Une grosse proportion de ces élèves proviennent des lycées les plus recherchés de la capitale (Henri-IV, Carnot, Louis-le-Grand, etc.), publics et privés, notamment ces derniers où sont dispensés des cours de catéchisme intensifs par des pontes d'entreprises françaises ! Certaines jeunes filles se retrouvent même à posséder une photo de l'omniprésident, et à le déclarer attirant (elles ont dû passer à Jean, depuis) ! On croit rêver. L'élite parisienne a donc rendez-vous avec l'ESTP, mais pas seulement elle. Je citerai le cas de ce jeune homme, fils de diplomate qatari, détenant un appartement de 70 m2 boulevard Saint-Germain, et qui retrouvait chaque week-end sa petite amie résidant en Suisse.

L'ami de mon frère (qui garde vaillamment la tête sur les épaules) a donc l'habitude d'évoluer dans ce milieu, du moins y aspire-t-il grandement, puisque vivant tout de même, selon ses dires, à un niveau de richesse moindre. Modeste, avec ça. J'eus l'heureux sentiment de le voir ne pas savoir sur quel pied danser, en ma compagnie. La dégaine que je trimballais accentuait son malaise : cheveux bouclés et pas assez longs pour les retenir, bermuda ringard, Sailor's aux panards et sans chaussettes (sans chaussettes ? Mais quelle idée déplorable de l'hygiène !), une vareuse usée comme il se doit, un tee-shirt délavé, mon vieux sac bleu marine et jaune... (« C'est ça son grand frère ?... » dut-il certainement penser. En censurant.)

J'ignorais la programmation du concert, à l'exception du retour de l'exilé Polnareff ; quand il me cita Tokio Hotel, et que je ne tiquai pas, il s'exclama :
- Quoi ? Tu [je l'ai laissé me tutoyer, pour ne pas gêner mon frère] ne connais pas Tokio Hotel ?
- Tu sais bien, intervint mon frère, on les voit souvent pendant les pubs... Ah mais non, c'est vrai, tu n'as pas la télé.
- Hein ?? Le brave n'en croit pas ses yeux. Tu n'as pas la télé ?? Mais qu'est-ce que tu fais, pour t'occuper ?...
Il ne sait pas que c'est une question qui fâche ; je passe l'éponge.
- Je lis, j'écris, je gratouille une guitare, je regarde des films, j'écoute de la musique...
- Attends attends, tu regardes des films ? T'as un PC alors. Et t'as pas Internet ?
- Non. J'y allais une fois par semaine à l'IUFM, tout au plus.
- Pas internet... Je sais pas comment tu fais pour tenir... Moi j'pourrais pas ! lance-t-il, un brin désemparé.
- Les hommes ont bien vécu sans, auparavant ; je ne vois pas pour quelle raison on ne pourrait pas s'en passer aujourd'hui.
- T'as un téléphone portable ?... Au moins ? interroge-t-il. Presque résigné, le bougre.
J'exhibe le fil à la patte.
- Quand même ! fait-il souriant, heureux d'avoir sous les yeux un objet de la civilisation moderne.
- Si je le pouvais, je le jetterai dans une benne à ordures.
Mais il ne m'écoutait plus, parti dans une discussion avec mon frère sur des considérations de stage.

Nous étions assis, la même posture qu'une foule considérable de gens, sous la Tour Eiffel, en face du Trocadéro. Difficile d'avoir une meilleure vue pour le feu d'artifice. A l'autre bout du potager le concert battait son plein, des greluches pantomimes succédaient à des abrutis gesticulants (je voyais la scène, pourtant très loin, mais les énormes écrans sur les côtés étaient bienvenus pour suivre). Soudain, un mur sonore de cris de jeunes filles au bord de l'orgasme nous parvint, phénomène impressionnant : il s'agissait du groupe cité plus haut ; je ne voyais sur l'écran qu'un individu maquillé, au sexe indéterminé, à la crinière ornée de mèches.
- C'est une fille qui chante ? demandai-je, interloqué. Mon frère rit.
- Non, c'est un mec ! Hahaha !
- Et quel âge il a ?
- Dix-sept ou dix-huit, pas plus, coupe Nicolas. Il paraît que le fils à Sarko adore ce groupe !
- Un gage de qualité, à n'en pas douter ! grinçai-je. Mon frère rigola avec moi ; l'autre un peu, jaune.
Une chanson commença, et de toute évidence la mélodie était connue de la foule. Nicolas fredonnait, et apercevant ma mine impassible :
- Tu connais vraiment pas ? Incroyable...
- C'est loin de valoir Led Zeppelin en concert, par exemple.
- Ouais, c'est clair... répond-il, pas très sûr, en se détournant. Pas de doute, il avait pitié de moi ; j'étais vierge musicalement du groupe allemand ! Pauvre de moi, en somme.

Polnareff conclut le concert par « On ira tous au paradis » (mais ceux du XVIe arrondissement d'abord !). Il devait être aux alentours de 23 h. Sachant que le spectacle serait accompagné de musiques de bandes originales, je proposai à Nicolas de deviner celles qui seraient diffusées. Il accepta. Je lui donnai une leçon ; avec un certain plaisir, j'avoue.
- C'est Tigre et Dragon ! Je reconnais !
- Non, c'est le thème de In the mood for love, le film de Wong Kar-wai.
Le feu d'artifice fut splendide, en accord (« Ah ! Et ça c'est Björk et la chanson de Dancer in the Dark ; magnifique. ») avec la bande-son. Par exemple, pour le thème de Star Wars (que Nicolas reconnut), les pétards se déployèrent en galaxie argentée. Superbe idée. Un final à vous anéantir les tympans, et la Tour Eiffel scintilla, comme d'habitude.

Les officiels dénombrèrent 600 000 personnes ; ce que je peux en dire, c'est qu'il y avait du monde, comme je n'en avais jamais vu auparavant (tout autre chose que les manifestations du centre-ville de Quimper). Le brillant projet de fermer les stations de transport en commun n'arrangea pas l'évacuation. Je ne suivais pas mon frère qui m'invitait à passer la nuit, chez lui ; rétrospectivement, c'eut été la meilleure solution.

Pour faire simple : arrivé station Javel, les lignes du réseau parisien fermaient. Avec le portable et sa batterie à plat, me voilà bloqué en plein Paris. Je ne vois qu'une seule issue pour rallier Melun : la Gare de Lyon. Une dizaine de kilomètres de marche sur la rive gauche ; mes Sailor's m'égratignèrent profondément l'arrière du pied au bas des tendons d'Achille ; un véhicule transportait les Vélib devant être mis en circulation le matin même ; sur le port en bordure du Jardin des Plantes, des inconscients jouaient avec des fusées, tenues à la main. Mon salut avait un nom : le Noctilien ; j'étais bien naïf de croire que personne ne le prendrait...

Il est 5 h 30, je suis presque chez moi, à Melun. Tandis que je traverse le Pont Jeanne-d'Arc arrive sur ma droite une bande de jeunes passablement éméchés. Sentant le coup venir, j'accélère le pas et fait mine de ne pas y faire attention : plan risqué, il n'y a pas l'ombre d'une mouche en sus de nous... Je passe devant les ivrognes, qui sont à une vingtaine de mètres, et l'un d'entre eux, immanquablement, s'adresse à moi en termes injurieux. Je continue ma route (la porte d'entrée n'est qu'à une centaine de mètres), ils ne me suivent pas, mais l'autre décérébré tente mordicus d'attirer mon attention. Je me retourne à l'instant où le mur de l'immeuble du quai bouchait sa vue. Il crie sur-le-champ :
- Eh ! Il m'a regardé ! On le chope !
Personne ne l'a suivi, fort heureusement. Heureux monde où un simple regard suffit comme prétexte pour se faire passer à tabac.

Pas fâché, le lendemain je quittais l'Île-de-France. Mon frère et moi avions pris chacun un billet en première classe (pour une fois), mais le bilan fut le même pour tout le monde. Lorsque la foudre frappa la caténaire, quelque part entre Le Mans et Rennes, le retour en Bretagne prit douze heures au lieu des quatre et demi initiales, et une allure rocambolesque...
[17/07/08]

lundi 9 juillet 2007

En attendant un article (qui n'en sera pas vraiment un) le 25 juillet prochain, dans l'optique où je serai chez mes parents, je mets en veille ce message. Je ne vais pas pouvoir accéder librement à l'Internet de sitôt.
Ouais, ce sera un peu spécial le 25 juillet, mis à part la sortie du film des Simpson. Je posterai ici quelque chose qui vous permettra de vous immerger (pendant que je vous maintiendrai la tête sous l'eau) dans cet univers embrouillé et... et... euh, claustrophobe (?) que représente ma cosmogonie. Bon, vous verrez bien. Ce sera juste ce monde tel que je le concevais en première année de Faculté. Ou deuxième ? Non, je crois première. Je n'ai pas les documents sous les yeux, m'emm...bêtez pas.
A bientôt, j'espère, en BZH !

mercredi 20 juin 2007

Voici un texte que j'ai rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture du festival de l'Astrolabe, au début du mois. Il s'agissait, sous la conduite de Régine Detambel, écrivaine d'une renommée certaine (inconnue pour moi jusqu'à cette rencontre ; ma prof de français la connaît), de composer un texte, qu'importe la forme, sur ce que nous allions voir un vendredi soir dans le centre de cette bonne vieille ville de Melun.
Le but étant de le lire tel quel, devant public, au retour de la promenade ou le lendemain matin.
J'explique un peu comment l'inspiration m'est apparue : je m'étais installé sur la terrasse d'un bar (depuis le temps) et j'avais en ligne de mire la route qui découpe en droite ligne la ville. Je me suis alors rappellé ce que mon prof d'histoire nous avait dit, que cette route était le Decumanus hérité des Romains. Je me suis mis à imaginer ce que l'on aurait pu voir sur les trottoirs pour animer tout ça, le rendre plus vivant au niveau humain.

« Ce long ruban de crasse qui coupe la ville en deux. Les humains lèguent aux humains leurs feuilles de routes personnelles et impersonnelles. Ne dit-on pas que la littérature permet de connaître des gens que l'on ne rencontrera jamais ? Il en va de même pour ce pont de bitume enjambant la Seine, fleuve, qui d'ailleurs coupe elle-même la ville en deux. Intéressant. L'homme va tout droit et la nature suit son cours. Probablement une question de perspective.
Quelle tache ce pont, quand même. Et je n'évoque pas l'église et la rue. Ils ne vont pas les démolir pour ma pomme. Sans compter les arbres qui longent la route. Non pas que je veuille les couper – j'adore les arbres, les meilleurs amis de l'homme après les mouches – mais il existe bien mieux pour insinuer une vie sur les trottoirs. Les arbres, je les réserverais aux bords de la Seine. Et au lieu de dissimuler les édifices immondes et dégueulasses, car ici c'est bien le but de ces arbres, je les rendrais davantage attrayant en les embellissant de vie humaine.
Comment ? me demanderez-vous. Eh bien, ma foi, au lieu de baisser la tête pour ne pas remarquer les murs squameux, les volets branlants ou les rideaux des années trente, j'inviterai à la lever afin que soudain vous vous aperceviez qu'un café littéraire vient d'ouvrir de ce côté de la rue, que tout à coup, un poète déclame à l'improviste à propos de l'effervescence des bulles de gaz dans le demi, ou alors que là-bas deux membres d'une famille se rencontrent avec force embrassade et s'invitent à rester bavarder autour d'un verre. Et pourquoi pas, soyons fou, un tramway bringuebalant sur ses rails et nous saluant d'un son de cloche.
Mais... non. Tout ce passage, je l'ai fantasmé, et agrémenté de quelques clichés. Je devrais me présenter aux municipales.
Ce que j'ai vu, c'est bien autre chose. Ce fut un drapeau tricolore planté sur un balcon, peut-être une relique de la campagne présidentielle ; ce fut une fille me jetant un regard dédaigneux alors que je composais modestement sur un banc ; ce fut des légions de cabines hermétiques à quatre roues, dont parfois un de leurs chauffeurs utilisant un portable pour communiquer avec l'extérieur...
Un couple enlacé débouche à l'angle de la rue, se promenant, et l'homme tient une petite caméra pour se filmer ensemble afin, j'imagine, d'immortaliser un souvenir de ce moment heureux. Usons de la vidéo pour conserver nos instants de parfait amour. De la mémoire artificielle pour sauvegarder nos sentiments. L'écrit a bien tué la tradition orale de mémoire, pourquoi la technologie n'assassinerait-elle pas les émotions ?
Malgré tout, il y avait des gens. C'est mieux que rien. Et des couples, ça promet. Des pigeons aussi. De la vie humaine, en quelque sorte. Traitez-moi de cynique si vous le souhaitez. »

Il est loin d'être parfait, il y aurait quelque petites retouches à réaliser, mais je le laisse comme ça, à l'état brut. Je suis plutôt content de moi, pour un texte écrit en une heure et demie. Et puis c'était mon premier atelier d'écriture. Drôle de concept à ce propos, je ne pense pas vraiment approuver cet onanisme mental forcé. Un premier jet (désolé) étant rarement satisfaisant, pour ainsi dire jamais, je l'ai un peu retouché entre mon retour chez moi et le rendez-vous du lendemain matin (deux-trois tournures et trois-quatre mots).
Un homme d'âge mûr avait écrit un long texte largement retouché (lui non plus n'aimait pas ne pas retoucher un premier essai) et au style volontairement littéraire, avec une volonté de recherche. On sentait l'expérience, même si quelques passages m'avaient ennuyé (ils me paraissaient répétitifs, parfois pesants), sans vouloir m'instituer critique accompli. Une fois mon texte lu, Mme Detambel a noté la phrase “L'homme va tout droit et la nature suit son cours.” comme saillante, tandis que ma voisine de droite s'est enthousiasmé sur ces deux textes, en affirmant qu'en les lisant, elle aurait ressenti beaucoup de plaisir, mais un plaisir différent d'un texte à l'autre. Sur le texte du monsieur, elle aurait savouré les mots savants parsemant les phrases ; quant à mon texte, elle aurait adoré le style. Que dois-je comprendre ? Que je ne sais pas écrire des phrases littéraires ?? Un style particulier doit-il s'affranchir de subtilités littéraires ? Ai-je sacrifié la subtilité pour mon style ? Parce que je suis jeune, on devrait me coller une étiquette “perfectible” ? Bien sûr que non ! Sur l'instant, j'avoue que ça m'a un peu vexé. J'ai pris sur moi. J'accepte ce point de vue, ça ne m'a que plus renforcé dans l'envie de percer dans le milieu littéraire (tôt ou tard, même posthume !).
La réflexion générale s'est alors décalé sur la possibilité de déterminer l'âge d'un écrivain à travers ses textes. Je ne crois pas que cela soit possible, dans une certaine mesure ; ce que je pense, c'est qu'une expérience des livres est largement plus repérable, une culture littéraire est autrement plus perceptible que l'âge supposé du capitaine. Par rapport à ce monsieur, qui était à la retraite me semble-t-il, son bagage culturel était incomparablement plus étendu que le mien. C'est à ce niveau que cela se joue, indiscutablement. J'avais compris que la comparaison de nos deux textes était fallacieuse et absurde.
Voilà bien un domaine, la culture littéraire, dont mon principal regret est de n'avoir pas réalisé son importance plus tôt. Je peste devant le temps perdu, mais cela ne me le rendra pas, alors autant avancer.

mercredi 30 mai 2007

Courrier récemment dépêché à un guichet breton d'une banque :

Madame, monsieur,
je souhaite par cette présente lettre effectuer deux transferts qu'il est impossible de mettre en oeuvre dans quelque agence de Caisse d'Epargne Ile-de-France que ce soit. En effet, possédant un compte (au minimum) dans chacune des deux régions, il me faut de toute évidence recourir par fax ou courrier pour transvaser l'argent d'un compte d'une région à l'autre, puisque apparemment la barrière informatique, ou langagière, ou que sais-je encore, ne permet de vous comprendre entre agences de régions de France !
Est-ce bien sérieux ?
On se croirait dans le Tiers-monde. J'ignore pourquoi, mais j'ai l'impression qu'il serait plus facile de faire parvenir de l'argent d'un compte des Bahamas ou de la Principauté de Monaco.
Ne le prenez pas personnellement, c'est l'éthique de la banque que je remets en cause. Si tant est qu'un établissement banquier ait une éthique ; la question se pose.
[Passage relatif à mes transferts de thunes]
Bien à vous.
Y.H.

*

Tout à fait autre chose, à présent :

- Vas-y fiston, pose-moi tes questions.

- Est-ce qu'on peut mourir en léchant une tapette à mouches ?
La musique actuelle est-elle aussi nulle qu'elle en a l'air ?
Comment Dieu peut-il dormir quand les gens crèvent de faim ?
Faut-il changer de trottoir quand on croise quelqu'un avec un tee-shirt « papy sexy » ?
L'insecticide aux senteurs de pins est-il une si bonne idée ?
A quoi pense les filles qui portent du vernis à ongles noir ?
Si les animaux n'ont pas d'âme, où Fido passera-t-il l'éternité ?
Peut-on attraper le saturnisme en se piquant avec un crayon à mine de plomb ?
Y a-t-il de l'amour chez les amibes ?
Qu'y a-t-il de plus effrayant qu'un récital de poésie ?
Si tu votes pour la droite, deviens-tu complice de ses crimes ?
Les animaux en baudruche sont-ils un art ?
Alors ?

...

- C'est l'heure de te coucher.

LIFE IN HELL – Matt Groening

vendredi 18 mai 2007

_L'eau d'un fleuve à de cela de merveilleux que de quelque endroit qu'on la regarde, le soleil nous renvoie son éclat.

*

_J'ai assisté à un spectacle navrant, mardi matin.
_Un canard plongeant d'un coin d'azur indéterminé piqua directement vers une cane qui pataugeait sur une rivière. Sentant soudainement le danger, celle-ci battit des ailes avec la ferme intention de ne pas se soumettre. Un autre canard, stoïque, qui flottait autour d'elle, ne parut pas comprendre immédiatement la situation.
_Le volatile venu des cieux s'écrasa tout à côté de la femelle, et s'engagea alors une brève course-poursuite sur les flots et dans les airs. Le couple disparut à ma vue un court instant lorsqu'il atterrit, caché par une plantation. Le troisième oiseau les rejoignit, benêt.
_Mais les protestations sonores qui emplissaient l'espace ne me permettait plus de douter de l'issue de ce brutal événement : la cane se faisait outrageusement violer. Cette perspective me glaça d'effroi malgré moi, et l'avoir sous les yeux fut pire encore : la cane, littéralement plaquée au sol par le poids de son mâle conquérant, se plaignait bruyamment de chaque coup de butoir de son agresseur. Celui-ci, pour mieux s'assurer de la plénitude de ce bref moment de jouissance, la maintenait en coinçant par son bec la nuque de sa victime.
_Tandis que je marchai, les plaintes se firent plus faibles, comme résignées par la culbute forcée. Une mémé que je croisai regardait, incrédule, le monstrueux crime en cours. Une femme, à la moue un peu écoeurée, se plaça entre sa fille et les exhibitionnistes.
_Le troisième canard, lui, s'était placé au niveau de la tête de la cane, et semblait soit impuissant, soit avide de prendre la relève.
_Bêtes répugnantes.

*

_On n'arrête jamais vraiment d'apprendre à se cultiver. On n'arrête jamais vraiment d'apprendre à aimer. On n'arrête jamais d'apprendre.

*

Quand j'y pense, je n'ai jamais vu d'hirondelle autrement qu'en rase-motte au-dessus des champs ou de l'eau. De véritables fusées dont le décollage m'aura été dissimulé.

*

_
La loi de la jungle renvoie à deux images. La première, c'est celle de l'anarchie. En effet, la jungle par définition représente la nature, la physis (« fussiss ») en grec ancien, qui s'oppose systématiquement au nomos, la loi, c'est-à-dire la culture. L'expression première qui se compose de deux termes antinomiques nous paraît dans ce cas oxymoresque. Cela reviendrait à dire, par exemples, la lumière de la nuit, ou bien la probité de la politique. La jungle est un fouillis perpétuel, un désordre qui n'a pas à être ordonné sous peine de perdre cette appellation de jungle. Une loi de la jungle n'a pas lieu d'être. L'anarchie de la jungle surpassera toujours la loi.
_La seconde image va plus avant : c'est la loi du plus fort. La jungle est un endroit où l'on ne survit que difficilement, qui possède un réseau trophique d'une densité inouïe (les récifs coraliens sont tout aussi riches, l'autre point commun étant leurs prochaines disparitions. Petite parenthèse), et celui qui s'adaptera le mieux, le plus vite, avec un poil de fesse de chance pourra s'en tirer. Plus ou moins longtemps. Il sera le plus fort dans un environnement anarchique. Serait-ce réellement un raccourci audacieux l'affirmation que le monde capitaliste dans lequel nous tentons de vivre n'est autre qu'une jungle d'où émergent les plus puissants ? Le capitalisme se nourrit d'anarchie, aussi étonnant cela peut-il paraître. D'où la volonté légitime de l'entreprise à s'infiltrer dans la sphère politique.

lundi 23 avril 2007

_J'ai la tête en bouillie, après la vague géante d'images bêtifiantes de 300.
_La recette américaine pour créer des films qui « cartonnent » : prenez un événement historique de quelconque importance mais faire en sorte qu'il devienne un intense moment de [décision capitale pour une part non négligeable de l'humanité/l'impuissance éternellede l'homme face aux éléments] ; saupoudrez de valeurs morales qui feront mouche à tous les points du globe (bien qu'il faille y avoir des perdants et des grincheux) ; agrémentez de scènes tendres/fesses et nichons/preuves de l'absence de raison de l'ennemi et de son penchant cruellement et gratuitement machiavélique ; laissez faisander ; rajoutez de la musique symphonique (avec chœurs, de préférence, afin d'accroître le rythme cardiaque et le taux d'adrénaline) ; servez à température ambiante.
_Exemples de porridge : la bouse que j'ai mentionnée plus haut, Pearl Harbor, Gladiator, La Passion du Christ, 11-Septembre, d'autres dont le nom m'échappe, mais vous aviez deviné que la liste est très loin d'être exhaustive.
_Comme le disait un prof de fac, le cinéma produit des films de notre temps. L'exemple perspicace qu'il avait cité était King Kong, l'original sorti en 1933, c'est-à-dire peu d'années après la récession mondiale dû au plantage des bourses. Le symbole du primate géant dominant l'Empire State Building est fort : il signifie la peur profonde de l'homme de retourner à son état primitif. Il veut dire : n'oubliez pas d'où vous venez.
_C'était complètement d'actualité, et ça l'est toujours, d'ailleurs. (Hans Zimmer relève le niveau du film avec sa composition de génie),


_Je me souviens : au CM2, nous avions eu droit au passage éclair d'une assistante toute fraîchement sortie du moule de l'IUFM. Sous-entendu : animée des directives pédagogiques de l'institut.
_« Pour notre prochaine rencontre, je voudrais que vous me fassiez un dessin de vous tel que vous vous voyez. » Parfait, mam'zelle.
_Une idée m'était venue. Dans mon esprit d'alors, je ne percevais cette idée que comme me permettant de me distinguer des autres, car je ne voulais pas me croquer en personnage de fil de fer avec un gros cercle en guise de crâne. J'avais tenté de m'échapper de ce schéma auquel elle comptait nous voir « travailler » : ça n'a pas raté.
_Dans la hall d'entrée, une glace recouvrait le mur séparant la porte de la chambre de mes parents à une autre menant au salon. Un après-midi, probablement le week-end précédant « notre prochaine rencontre », j'ai pris une chaise, je me suis installé devant le miroir muni d'une feuille sur support rigide et d'un crayon à mine. Ma mère avait trouvé cette démarche amusante. Elle se trouvait dans la cuisine, à ma droite, vaquant à ses affaires. Il avait fait gris, ce jour-là, la lumière semblait morne dans le couloir.
_Et je me suis dessiné tel que je me suis vu : une jambe croisée sur l'autre, en train de dessiner. Certes, j'avais l'air quelque peu recroquevillé sur ma feuille de travail, l'absence de couleurs rendait le tout relativement terne, mais j'étais sûr d'une chose, en mon for intérieur, aucun élève de ma classe n'avait eu cette idée en tête. Et je dois avouer que je n'étais pas mécontent de moi, même si ce sentiment se mélangeait avec la crainte de la réaction de l'assistante envers mon dessin non conventionnel...
_Crainte qui s'accentua en classe. L'assistante passait dans les rangs, donnant son verdict, un sourire constant aux lèvres allant du charmant à l'enthousiaste. Je dissimulais mon résultat sans vraiment le cacher, croyant que les rires jaillissant de tous côtés avaient pour objet de dérision celui-ci. Je méprise tellement cette bonne femme aujourd'hui...
_Lorsqu'elle se tint à mon niveau, je vis sa grimace de circonstance se changer en une moue de dégoût à peine retenue. Elle se reprit vite, toutefois.
_« C'est, heu, bien... Mais j'aimerais que tu me le refasses pour la prochaine fois comme tes copains l'on fait. »
_Je ne l'ai pas refait. De toute façon, elle ne l'a jamais redemandé.
_Pauvre conne.


_Je ne peux pas ne pas raconter ça !
_Le 22 avril. Je me rends vers 13h30 à mon bureau de vote, installé dans dans un groupe scolaire de Melun. J'entre dans la salle, jette un coup d'œil, remarque non sans surprise que c'est le maire qui tient l'urne de mon bureau. Je demande à une dame ce qu'il faut faire (apparemment, ce n'est pas la même démarche qu'à Pleug') ; je récupère les douze bulletins et une enveloppe. Je m'enferme dans l'isoloir, et vote blanc.
_Je ressors de l'isoloir, m'avance vers le bureau : la dame assise en face de moi prend mes papiers, me dit que ma carte d'électeur n'est pas signée ; je m'exécute. Ma carte circule, je me place devant l'urne.
_A ce moment, je saisis la poignée pour ouvrir la boîte, je glisse tout naturellement mon enveloppe et ferme l'urne !
_Cinq secondes de silence.
_Le maire me regarde, incrédule mais amusé :
_- Normalement, c'était à moi de le faire.
_Je le regarde, abasourdi.
_- C'est pas vrai...
_Grand sourire.
_- Peut-être serez-vous assesseur à ma place, plus tard !
_Je bredouille des excuses, signe, récupère ma carte tamponnée, lance une salutation et m'en vais !
_Impayable !

mercredi 4 avril 2007

La Revendication Établie de la Vie et de l'Être

Article 0 – Tout constituant de la matière dite vivante ou non, assemblés entre eux de manière complexe mais sensée, dans ce qui est appelé de coutume la Nature, ne peut être dégradée de manière irraisonnée par les êtres vivants qui en ont conscience.

Chapitre Premier – Graduation du vivant
Article Premier – Utiliser de la matière minérale ou/et organique pour son développement ; respirer ; se mouvoir : si au moins deux de ces trois notions sont remplies, tout corps est alors doué de vie.
Article 2 – Se reproduire ; posséder un moyen de communication et de compréhension entre individus de même espèce ; être autonome : si au moins deux de ces trois notions sont effectives, considérant la condition de l'article premier validée, tout corps doué de vie est alors un être vivant.
Article 3 – Raisonner ; s'imaginer dans le temps ; produire une écriture : si au moins deux de ces trois notions sont avérées, appuyées par la validation des conditions prescrites dans les articles premier et deuxième, ainsi que l'acceptation de l'article zéro, tout être vivant est alors doué de conscience.
Article 4 – Il ne faut pas considérer ces trois échelons comme le sommet évolutif du vivant. L'évolution peut apparaître régressive ou progressive. A défaut d'une autre connaissance du vivant hors de notre planète, et dans une attente de la représentation totale sur celle-ci, il semble pour le moment raisonnable de s'appuyer sur le constat présent.

Chapitre II – La médiation
Article 5 – Tout être vivant doué de conscience a le devoir d'être vigilant envers la Nature, qui lui a permis d'atteindre ce niveau de raison. La liberté le caractérisant ne doit empiéter en aucune manière sur celle de tout autre être vivant, doué de conscience ou non.
Article 6 - La notion du vivant doit être enseignée de génération en génération par les êtres vivants doués de conscience, non parce que leur supériorité sur les autres êtres vivants n'est que toute relative et d'une objectivité nulle, mais parce que leur instinct de conservation de leur milieu et de leur environnement peut s'être considérablement émoussé et avoir été en grande partie englouti dans l'inconscient général. Il ira donc de leur responsabilité de préserver la Nature de toute maltraitance dont ils seraient les auteurs.
Article 7 – La pédagogie de la préservation et de la plénitude de la Nature se doit d'être effectuée dans un lieu totalement indépendant de toute influence mercantiliste, religieuse, nationaliste.

Chapitre III - L'éthique
Article 8 – Aucun être vivant doué de conscience ne peut se permettre d'affaiblir une population d'êtres vivants à un nombre proche de l'extinction ou de l'appauvrissement génétique sous les prétextes suivants : nuisance ; chasse et exploitation abusives et intensives accompagnées ou non de gaspillage ; recherches scientifiques ; destruction de l'habitat naturel (déforestation, eutrophisation, incendie volontaire, tout type de pollution) en vue d'implantations massives artificielles ou de plantations inappropriées ; eugénisme.
Article 9 – Tout être vivant doué de conscience peut se permettre de procéder à l'apprivoisement d'autres êtres vivants, si cela ne contrevient pas à l'article 7 du présent accord.
Article 10 – Tout être vivant doué de conscience, suite à l'abandon d'un espace, doit dépolluer, démolir et recycler, nettoyer et contribuer à réimplanter un écosystème viable pour payer sa dette envers la Nature.
Article 11 – Tout être vivant doué de conscience a de ce fait le devoir de contribuer à la sauvegarde de la Nature, dans la mesure où cela ne nuit pas à son existence propre et qu'il ne l'entreprend pas à l'excès. Les positions extrêmes ainsi que les arguties hypocrites ne paieront jamais.
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