mercredi 4 avril 2007

Joyeux anniversaire, hahaha !

Bah oui, 4 ans aujourd'hui ! Qui l'aurait cru ? L'année dernière encore je souhaitais t'arrêter, mais Wonderwoman (de Roudouallec) est venu à ta rescousse, cher journal !
Voyons où moi j'en suis, depuis un an. Affirmer que rien n'a changé serait mentir effrontément, d'une part me voilà habitant une ville de la banlieue parisienne proche, d'autre part j'étudie dans l'antichambre de l'enfer du primaire. Que d'mande le peuple ?

lundi 26 mars 2007

Matinée de merde

« ...Il est 7 heures sur Evasion FM ! Tout de suite, Alain Souchon... »

Bordel de Diou, j'ai beau régler cette damnée radio tous les soirs sur France Info, elle me refait la même blague. Salope !

Je sors de mon plumard. Ai mal au cul : une latte m'a salement fouetté cette nuit quand elle a pété. J'regarde mes fesses : un énorme hématome couleur bleu agathe. Ah ouais, comment je vais m'assoir aujourd'hui ? J'peux plus m'gratter les fesses sans que ça m'arrache une grimace. Quelle guigne ! Ma dignité de mec s'en trouve affectée.

Ma conne de voisine s'anime au-dessus, faisant geindre le plancher qui ne supporte plus son poids de mammouth.

Je bourrine dans le mur.

« T'as pas fini ton boxon, grognasse ??? » que j'lui hurle. J'devrais lui dire de faire une cure pour dégonfler sa bouée, mais je sais rester décent. On emmerde pas les obèses, seulement les gros.
Après un p'tit dèj' au cours duquel j'me suis renversé dessus le verre de jus d'orange, plus de chaussettes propres. J'regarde celles qui restent, aux teintes multiples de brun, et en choisit deux au pif. Quelques miasmes s'en échappent. Qui a dit qu'j'étais pas altruiste ?

Dix minutes de décrassage d'oreilles plus tard (j'aurais jamais cru qu'un conduit auditif puisse recueillir autant de miel), me voilà fin prêt. Mon ouïe rénovée me permet d'entendre ma voisine qui désescalade l'escalier en soufflant bruyamment.

J'attends un moment, le temps qu'elle reprenne sa respiration en bas de l'escalier... Enfin, surtout pour m'éviter sa vue, puis je sors de mon immeuble.

Melun est toujours aussi dégueulasse. On a tout le temps le regard deux mètres sur le sol devant soi, pour éviter de patauger dans les ruisselets de pisse. Quand on croise un rat, il vaut mieux s'en écarter ostensiblement, pour deux raisons : leur taille, et les microbes qu'ils trimballent.

(Bon, ça m'avait défoulé, dans le temps, d'écrire ça. Alors je le place ici. [21/08/08])
(Après réflexion, j'ajoute que ma voisine du dessus n'était pas du tout grosse, mais que pour une femme comme elle, elle faisait énormément de bruit ; c'est pour cela que je la compare à un mammouth. [25/08/08])

lundi 12 mars 2007

_Il faut être hypocrite pour ne pas s'apercevoir de l'attrait puissant qu'exerce (et a exercé) Paris sur la vie française. Certes, je commence par une banalité. En feuilletant le Guide Vert à la recherche de musées à visiter (gratuitement, hein, je n'vais pas cracher dans le bouillon... de culture), je ne pouvais que m'arrêter sur les innombrables anecdotes dont regorge cette ville. En tant que capitale cosmopolite, quoi de plus indéniable.
_Quand on y marche et qu'on n'a pas l'habitude d'être entouré de monuments tous plus originaux les uns que les autres, on a de quoi avoir la tête qui tourne. La somptuosité des coupoles frappe davantage encore avec la promiscuité miséreuse du pavé. A ma grande horreur (je m'y étais préparé, mais heureusement je ne m'y ferais jamais), le singulier épars côtoie la pluralité gratinée.
_J'aurais poussé ma curiosité jusqu'au canal Saint-Martin si ma conscience ne m'avait pas aggrippé par le col de ma chemise en me houspillant : « Tu te crois dans un zoo, Yohann ? Un parc à thèmes ? C'est un spectacle vivant qui t'intéresses ? Prends garde, ce sont des êtres humains brisés que tu vas reluquer. Si tu y vas uniquement dans le but d'épancher un appétit vicieux suscité par des médias prompts au sensationnel, tu ne m'éveilleras plus qu'un sombre dégoût teinté de mépris. » J'aurais pu me répliquer ainsi : « Bof ! Ce n'était de toute façon pas sur mon chemin. » Mais si ce trait de cynisme rampant m'avait été décoché, je me serais instinctivement mis une gifle.
_Je tenais la rampe du métro de la ligne 1 qui a la particularité de ne pas avoir les wagons cloisonnés, et je repensais à tout ça en regardant vaguement les personnes d'un côté et de l'autre. Des faces grises et fermées à l'instar de façades d'immeubles délavées m'environnent. Une phrase jaillit spontanément, tirée d'un de mes cours de psychologie : « Notre société fonde de l'inhumain. » J'émerge de ma torpeur comme si on m'avait pincé un nerf et lentement, discrètement, j'observe que les corps des passagers se meuvent en parfaite synchronisation tandis que le métro bringuebalant suit son chemin tracé. J'en viendrais presque à croire que cette population ne s'accorde que sur les cahots du train souterrain.

*
_« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » Lamartine
_Sans le cerveau et les cellules spécifiques qui le composent, nous ne pourrions être ce que nous sommes. Nous serions des « légumes », en train de « végéter ». La métaphore végétale n'est pas le fruit du hasard. L'œuf représente fondamentalement la même chose qu'un arbre : c'est un agglomérat de cellules, et ce paquet vit. Une cellule vit, sans quoi elle ne se différencierait pas de la matière minérale. Un protozoaire est tout ce qu'il y a de plus vivant (et potentiellement immortel !). Par conséquent un amas pluricellulaire vit également. A partir de quel instant peut-on affirmer que la cellule- œuf possède une âme (l'éjectant de ce fait du monde inanimé au sens végétal) et qu'elle accède au rang d'animal ?
_Dans le Timée, Platon affirme que l'homme possède bien une âme, mais qu'il existe aussi une « âme du monde », dont chaque âme particulière en est le reflet. En résumé, cette âme du monde est une anima movens, que c'est grâce à elle que tournent les sphères célestes et que la vie s'est répandue sur Terre. Je ne vais retenir que l'idée de dynamique interne : en effet, peut-on appliquer ceci au cerveau ? Serait-ce dès qu'un mouvement synaptique interne se crée, que la dynamo électrique des neurones s'enclenche (ce qui revient au même), que l'on peut évoquer la naissance d'une activité psychique, c'est-à-dire une âme ?
_
J'aime bien cette « âme du monde » de Platon dont proviendrait chacune des nôtres. La Terre serait un super-organisme plurianimé. Entre parenthèses, pas sûr que l'être humain veuille partager quoi que ce soit avec une autre espèce douée de conscience. Cela m'a rappelé l'évolution de l'humanité qu'avait imaginé Asimov dans Fondation Foudroyée et Terre et Fondation (Avis aux amateurs ! Sachez qu'il est préférable de lire auparavant les premières parties du cycle...). C'est une conception à tendance animiste, ce qui signifie que l'on attribue une âme, même minime, à tout ce qui compose la planète, même les pierres. Je ne vais pas jusqu'à ce point, je me contente d'estimer le vivant comme un présent indigne de nous.
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Je ne comprends pas le prétexte de la recherche scientifique pour pouvoir chasser la baleine. Je hais le Japon, la Norvège, l'Islande, le Canada (et les autres pays criminels) pour ça. Quelles recherches scientifiques ? Quand on tue une centaine de baleines, n'en a-t-on pas déjà assez avec une seule pour l'étudier ? Que veulent étudier ces pays ? Un phénomène d'extinction d'une espèce animale ?
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Bien sûr qu'ils n'en ont rien à faire. Il n'y a aucune étude scientifique dans ce carnage. C'est juste l'estomac qui s'exprime, les poches qui ne sont jamais assez remplies, des tonneaux des Danaïdes mobiles. Lorsque j'entends ces types qui dénient cette vérité, je rentre dans une rage sourde (où trouverait-elle un écho ?), et je me vois en train de tous leur fracasser la figure à coups de poing et les jeter à la baille. Quelle frustration insoutenable ! Que ne donnerais-je pour avoir ces faces ignobles devant moi... C'est dans ce genre d'abus manifeste et flagrant, où toute la fielleuse hypocrisie humaine s'expose à pleine puissance, où j'ai le sentiment que l'on me claque des doigts sous le nez d'un air narquois en totale impunité, que je me sens sortir de ma retraite pacifiste et que j'exècre le genre humain.
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Autant dire souvent.
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De quoi tendre à une inévitable misanthropie.
*
_Autant il me semble futile de parler politique, autant je laisse le soin aux autres de magnifier les chefs-d'œuvre littéraire. Pourquoi donc ? L'une ne fait que brasser d'inconstante vétilles, les autres fondent des piliers culturels. Mieux vaut en parler tout court. A ce propos, j'aimerais juste ajouter un mot sur deux auteurs, John Steinbeck et Léon Tolstoï, qui par l'intermédiaire de deux de leurs ouvrages, à savoir A l'est d'Eden et La Guerre et la Paix respectivement, m'ont ouvert les yeux sur le point suivant : le développement d'une humanité réaliste et viable chez les personnages d'un roman est absolument primordial afin de rendre le livre le plus attachant possible. Je le savais déjà, mais ces deux-là m'ont ébloui par leur finesse psychologique hors catégorie. Des exemples à suivre, pas à copier.
*
_J'exposai brièvement dans un article précédent la misère qui ornementait les rues de Paris ; Melun n'en est pas exempt, n'a rien à envier à son aînée du Nord. Au lieu de lutter contre la paupérisation grandissante (encore aujourd'hui, j'ai reçu un prospectus des Restos du Coeur), not' bon maire s'attache à embellir superficiellement les rues, à manifester pour créer un détournement autoroutier pour désengorger la ville, à protéger les parterres de fleurs, à rafraîchir quelques façades du centre, à nous faire parvenir nombre de journaux sur sa bonne ville dynamique (dernier en date, Melun Sécurité, document quasi propagandiste sur les bienfaits du tout-sécuritaire), mais pour ce qui est de la misère sociale, niet.
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C'est vraiment malheureux de le dire : on finit par reconnaître les misérables qui y traînent.
_L'un d'entre eux fait peine à voir. J'ignore s'il est réellement un indigent ; ce que je sais par contre c'est qu'il lui faut expressément sa dose de nicotine. On le voit déambuler dans différentes zones de la ville, et pour ma part je l'ai vu : en face de l'entrée de la Poste de la place Saint-Jean, et sur le parvis de l'église Saint-Aspais. C'est d'ailleurs là que je me suis fait alpagué par lui.
_
Je pensais qu'il ne m'avait pas vu, occupé avec quelqu'un d'autre, mais visiblement cette personne ne lui a pas donné satisfaction. D'un bond et d'un cri rauque « Meu-sieur ! Meu-sieur ! », il m'atteint.
- Meu-sieur ! Vous n'au-riez pas une peu-tite cigarette ? me demande-t-il de sa voix traînarde. Le timbre est poussif et eraillé, la gorge étant encombrée par des années de crapotage.
_
Il est encore plus repoussant de près que de loin : quand on l'aperçoit, on s'imagine un homme aux habits de vieillard, au dos en arche de pont, qui s'est égaré hors de chez lui et souhaite qu'on lui vienne en aide. En face de lui... Des miettes de tabac encore coincées entre la peau et l'ongle, qui sont d'un jaune de pus ; des mains sales et rachitiques ; un visage strié de rides, la lèvre inférieure plus avancée et bouffie que l'autre, une patate remplaçant son nez, des yeux retirés et injectés de sang ; des cheveux courts, clairs et plaqués sur le crâne ; un corps ratatiné et nerveux.
- Non, désolé monsieur, je ne fume pas.
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Il détourne alors lentement de moi son regard enfiévré, sans un mot, et observe à la ronde le flot de personnes : « Qui ? »

vendredi 16 février 2007

_Plus je vieillis, plus je doute.
_N'est-on pas censé être plus sûr de soi à mesure que les années passent ? In facto, oui, mais plus sûr de ce que l'on sait déjà, ce qui a tôt fait de nous rendre que davantage ignorants, car les évidences maintiennent et font vivre l'ignorance. Donc, en substance, non, puisqu'à cette ignorance des âges s'ajoute l'élargissement progressif des champs de nos connaissances, nouvelles sources de déséquilibre cognitif.
_J'ai saisi dans un certain sens l'expression « champ des connaissances ». Imaginez-vous un champ à ciel ouvert. Plus vous grandissez, plus le champ fait de même, et plus vous amassez de grains que vous plantez aussitôt. Les épis du savoir sortent de la terre, et lorsque vous avez besoin d'une notion particulière, vous marchez en effleurant de la paume les épis jusqu'à ce que vous saisissiez le bon. Cependant, le champ s'étend sans cesse, et il est forcé que certaines parcelles tombent peu à peu en friches. Il faudrait être omnipotent pour assurer une récolte positive en tous points de notre champ ! C'est une image qui pourrait encore être approfondie.
_J'ignore si le champ, si chacun d'entre eux, possède une surface infinie. Devrait-on l'appeler « plaine des connaissances » ? « Canyon des connaissances » pour les extrémistes de tous poils ?
_Je ferme les parenthèses.
_Le doute freine. On va peut-être moins vite, mais la route est plus sûre. Cela n'empêche pas les accidents. Les saccades finissent par fatiguer, quand même.
_Etrange comme j'ai tenté de rédiger sur plusieurs thèmes sans arriver à un résultat tangible. Je voulais composer sur :
- qu'est-ce qui avait poussé l'homme à se faire manger par un autre (et à se grignoter lui-même !), en Allemagne ;
- le cas d'Ashley, petite fille qui le restera jusqu'à la fin de ses jours après l'ablation de son utérus par ses parents suite au diagnostic d'un médecin (Ashley a 9 ans et possède les mêmes réactions intellectuelles et physiques d'un bébé dans ses premiers mois) : jusqu'où peut aller l'autorité des parents dans ces cas-là ? ;
- cette mode vestimentaire consistant à s'accoutrer de façon à ressembler à un petit militaire en herbe, treillis kaki et tout le barda nécessaire (j'en ai croisé un l'autre jour habillé comme un mec des brigades d'intervention en montagne !). que veulent-ils revendiquer/affirmer/soutenir en s'habillant ainsi ? Se perçoivent-ils plus crânes/en confiance ? De quelle(s) manière(s) considèrent-ils la guerre ?
- une politesse entendue l'autre jour. « Vous allez bien, Mme X ? - Ben oui, il faut bien ! » Il faut bien, oui, sinon je porte tous les maux de la Terre connus et inconnus sur mes frêles épaules. Du concentré d'apitoiement sur soi. Je sais à quel point j'ai pu le pratiquer, souvent sans que je m'en rende compte, mais à l'instant où j'avais entendu cette bonne femme répondre, un frisson de dégoût m'a parcouru l'échine (pour reprendre une formule connue).

_Z'avez vu, c'est quand même difficile de pondre un article ! Les sujets ne manquent pas, ce sont les sujets intéressants qui sont rares ! Vous avez de quoi cogiter avec tout ça.

vendredi 12 janvier 2007

Chabichou en péril

Un reportage de Yohann H. et son équipe

_Une nouvelle branche a vu récemment le jour dans les centres de désintoxication. Suite à une longue investigation au sein de ces établissements, ce fut avec un terrible constat que nous en repartîmes : rien, absolument rien ne peut guérir de cette extravagante addiction.
_Nous voulons évidemment parler du fromage. Cet ingrédient qui autrefois garnissait quantité de mets se voit aujourd'hui attaquer de toutes parts, voire supprimer dans de nombreux restaurants réputés du pays ! On ne va pas s'en plaindre, ce sont les chaînes de restauration rapide qui prennent la raclette de plein fouet.
_L'enquête que nous avons menée a pu conclure qu'à ce produit de basse extraction, il n'est point d'alternative : la création de patchs dits lipidique est un échec retentissant, et un substitutif l'est encore plus de par la nature gustative, olfactive et tactile qui est désespérément unique (malgré la légion de variétés de fromage), au grand dam des familles des intoxiqués.

_La faute au champignon
_Une étude a montré que cette dépendance fromagère démarrait de plus en plus tôt : il n'est pas rare à notre époque d'être témoin d'adolescents en train de meugler au lieu de rire, après ingurgitation manifeste de portions de contrebande. La gangrène blanche s'étend. Et maintenant, qu'en est-il de ces nouveaux-nés que l'on calme à l'aide d'un bout de roquefort ? Le résultat se fera sentir sans tarder, nous préparons une génération d'hallucinés.
_L'État s'est penché sur le sujet, laissant de nombreux laboratoires, INRA et consorts, se livrer à diverses expériences. Et voici ce qu'il en est ressorti : le responsable n'est autre que le champignon. Celui-là même qui enveloppe ces nauséabondes horreurs de croûtes plus poisseuses les unes que les autres, qui donne cette couleur morbide et piqueté au bleu, qui hurle « Mangez-moi ! Mangez-moi ! » à ces pauvres damnés des centres. C'est une lutte vaine, affirmions-nous, car le champignon est indissociable du fromage comme l'est le staphylocoque du furoncle. L'onctuosité du cœur n'a plus lieu d'exister sans le squame, fleuri ou non. D'où l'impossibilité de remplacer le fromage par autre chose en vue de soulager les toxicomanes.
_« Le phénomène prend de plus en plus d'ampleur, s'inquiète le docteur Feta, directeur du plus gros centre de désintoxication fromager de France, basé en Normandie, il viendra un jour – et il est proche – où nous ne pourrons plus accepter personne. Le problème se situe au niveau du temps de sevrage, qui dépasse de beaucoup celui consacré à l'alcool ou à l'héroïne, par exemple. C'est un fait, le fromage se doit d'être considéré comme une drogue dure. »

_La défoliation du bouton de culotte (1)
_Pour illustrer ce propos, nous avons arpenté le centre pour rapporter à nos lecteurs étrangers à ce milieu l'ambiance sordide qui y règne et le quotidien éprouvant du personnel. Le centre est quotidiennement assujetti à de véritables scènes de dépravation : ici, une infirmière se faisant mordre le derrière qu'un fou a confondu avec un rondelet ; plus loin, une femme se débat dans son sommeil, gémissant : « Déchaussez les moines ! Déchaussez les moines ! » Bien sûr, cela caractérise l'aboutissement d'une consommation effrénée de toute une vie.
_« J'essaye de m'accrocher... enfin, de décrocher... Ah !! Vous voyez ce que je veux dire... » s'exprime Kevin*, jeune hospitalisé en proie à des crises de personnalité, changeant brusquement de voix pour éructer une plaisanterie douteuse. Il est affublé d'un tee-shirt où le mot camembert qui y est inscrit voit ses quatre premières lettres écrites en majuscule. « Heureusement, j'ai un public qui semble supporter mes tics... et Tac, Rangers du risque !! » Et de s'excuser de suite, tout penaud. « On dit qu'un dealer ne consomme jamais la marchandise qu'il revend... Pour moi, c'est presque vrai... » Stéphanie* est à la tête d'un trafic d'apéricube dans le centre même, marché crémeux et obscur qui rapporte forcément. Quand on lui demande quelle saveur a le plus de faveur, la réponse fuse : « Au saumon, mon préféré !! »
_Il faut les voir, ces malheureux.

_Tsarcosaque, l'opportuniste ?
_Quelques concitoyens se sont regroupés en différentes associations pour l'intérêt du fromage, comme « Touche pas à mes roblochons » ou la fameuse « Fondue de toi ». D'autres néanmoins n'hésitent pas à rallier une ligne plus dure, comme le BRIE, le Bataillon de Résistance Internationale d'Entremont, qui, comme son nom l'indique, possède son siège à... Melun (2). Cela en réaction au projet de loi du ministre de l'Agriculture intérieure, Mr Tsarcosaque, qui souhaite purement et simplement interdire la vente libre de fromage dans les supermarchés.
_« Comme d'habitude, dès qu'il flaire un bon coup médiatique, Tsarcosaque monte sur ses grands chevaux, déclare hargneusement Esmeralda, membre actif du BRIE. J'ai l'impression qu'il veut faire comme les Américains, ses modèles : nous amener au temps de la Prohibition. Il va détruire une partie de l'identité française ! » « C'est parce que ça ne rapporte rien à l'État ! C'est pas comme le tabac, rajoute Gael, également militant convaincu. Si on interdit le fromage, on doit interdire le tabac ! » Et devant notre mine interrogatrice, il lance sourire aux lèvres l'argument final : « Qu'on fume des clopes ou qu'on mange du frometon, le résultat est le même, on pue de la gueule ! »
_Qu'on se le dise, le débat n'est pas près d'être rafraîchi...


(1) Nom d'un fromage.
(2) Comme tout le monde le sait, le brie a plusieurs villes d'origine, comme Melun, Meaux, ou encore Provins.
* Les prénoms suivis d'un astérisque ont été modifiés afin de garantir l'anonymat des personnes interrogées.

lundi 1 janvier 2007

Je souhaitais vraiment passer mon Jour de l'An à Paris, seul (aussi bizarrement que cela puisse paraître), peut-être pour rencontrer de nouvelles personnes dans un bar... J'ai fantasmé.

C'était sans compter sur cette maudite pluie (un coup des Anglais, à n'en pas douter). Un vrai clavaire, avec les poches de la parka humides, les chaussures qui suintent à chaque pas, la capuche à rabattre sans arrêt... Je suis parti avant même le décompte, tellement la pluie faisait germer un cafard bien senti.

Sur les allées du Champ de Mars rôdaient des vendeurs à la sauvette. Leurs Tour Eiffel miniatures et clignotantes en main, ils abordaient les passants avec une insistance dérangeante. Un groupe d'entre eux formait un barrage de sollicitation pénible, et l'une de ses personnes a probablement prévenu les policiers, car ceux-ci n'ont pas tardé à voler dans les plumes (pour des poulets, c'est ce que l'on appelle la force de l'habitude) des marchands ambulants !

A part ça, un vieil homme qui a raté la marche en sortant du métro, avec un risque avéré d'être transformé en steack. Du retard sur la ligne et un attroupement de rigueur. Un accident de ce type fait partie du quotidien, quand ce n'est pas un suicide réussi, tout comme l'accordéoniste édenté ou l'homme aux cartons J'ai-une-femme-et-cinq-enfants-à-nourrir. La misère ordinaire ; pas de quoi casser trois pattes à un canard. Triste, morne soirée !
[20/07/08]

vendredi 8 décembre 2006

Depuis que je suis ici, à Melun, il y a toujours une question (idiote, je le révèle de suite) qui revient sans cesse, telle une litanie : « C'est pas trop dur, sans la télé ? »
Quelques temps auparavant, j'aurais explosé de rire au nez et à la barbouse de mes interlocuteurs, me foutant de leur poire de manière ostentatoire. Question idiote, vous disais-je en aparté !
Maintenant, je leur réponds patiemment que non, la vie est formidable sans cette boîte cathodique (ou catholique ?) hypnotique. La télévision n'est pas moins que la nouvelle religion de notre époque. Mais là n'est pas mon propos.
Je leur réponds que quand eux passent leurs soirées à garder leurs yeux grands ouverts (en battant le moins possible des paupières) sur le petit écran, je m'enrichis en lisant, écrivant, lisant et écrivant encore et encore (je lis beaucoup plus que j'écris). Nos yeux ne transmettent pas les mêmes choses. Eux se contentent d'enregistrer la vacuité qu'on leur propose, je me garde bien en retrait de cette soupe morose. Je préfère les immortels récits imprimés sur cellulose.
Quelle paix ! Seule la page retournée déchire le silence (si l'on excepte cette conne de voisine du dessus qui tousse sans arrêt depuis deux mois. Va te soigner, grognasse !!). Je commence à me rendre compte du temps perdu devant cette lucarne... Mis à part le temps consacré aux jeux vidéos et aux films que j'aime, et quelques matchs de football, le reste je le considère comme perdu.
Il est vrai qu'à l'IUFM, nous avons un professeur qui ne mâche pas ses mots face à la télévision. Il est donc pas très apprécié d'une grande majorité de la classe, majorité dont je ne fais pas partie. En particulier lorsqu'il sort ses petites diatribes.
Mais à ceux qui m'interrogent, j'ai vraiment envie de leur hurler dans les oreilles avec un mégaphone : « MEEERDEUH !! Y'A PAS QU'LA TéLé DANS LA VIE ! »

Bah, euh, nan, j'ai rien d'autre à dire... J'lai déjà dit que je revenais en Bretagne... Non ? La première semaine de Noël.

vendredi 24 novembre 2006

Le Salon du livre jeunesse de Montreuil-sous-Bois

Ce vendredi, Clémentine* et moi nous étions donnés rendez-vous à la sortie de la station de métro. Sur le groupe initialement prévu, seuls nous deux étions présents pour une visite du Salon du livre jeunesse de Montreuil-sous-Bois.

Il y avait un monde fou, et la chaleur à l'intérieur était suffocante. Et les cris et les pleurs il faut croire inévitables des gosses, absolument insupportables, vous vous en doutiez. Il était certain que si j'y étais allé le samedi, j'en aurais étranglé deux ou trois, histoire de me défouler (attitude annonciatrice ?). Certain le fait aussi qu'une richesse éditoriale s'étalait devant mes yeux avides. La couleur et la forme aux services du porte-monnaie parental... Le mien a souffert ; c'est à la suite de son allégement, étrangement, que la douleur s'est accentuée... J'avais pris un album sur un hippopotame pour ma grand-mère (la Grumch), collectionneuse de tout ce qui a attrait à l'énorme mammifère (origine de son caractère ?).

Nous avions vu Yvan Pommeaux, Marie-Aude Murail (qui sortait apparemment d'une chimiothérapie) et la jolie Laurel, les trois en dédicace. Je ne possédais aucune de leurs œuvres respectives, et je me sentais gêné à l'idée d'en acheter une au nez et à la barbe des auteurs...

En bref, une espèce de grand-messe pour la jeunesse où l'on pouvait dénicher tout et n'importe quoi sur tout sujet. Ça ne m'a pas empêché de faire un tour du côté des mangas, et d'apprécier le succès du genre. Au grand dam d'Uderzo, « lisant » sa dernière production du petit Gaulois, qui, il faut bien l'avouer, est une catastrophe. N'est pas Goscinny qui veut.

* prénom d'emprunt
[rédigé le 17/07/08]

lundi 13 novembre 2006

La Mana

Qu'est-ce que la Mana ?
La ou le, peu importe. La Mana est le principe absolu d'où tout est originaire. Elle est le principe des principes, elle-même provenant de ce principe imaginé.

Possède-t-elle une « unité de base » ?
Oui et non. Elle en possède une dans le sens où chaque constituant de tel organisme, de telle collection, de telle biocénose, de tel système solaire, de telle molécule représente une unité de Mana. Elle n'en possède pas dans le sens où chacune de ces unités est déjà issue du Mana. Le Mana est Un, Pluralité et Infinité.

Aura-t-elle une fin ?
Oui et non. Oui dans le sens où elle peut imaginer sa propre fin. Non dans le sens où la Mana ne peut se terminer sans l'aide de la Mana, et que la Mana ne connaît pas autre chose que la Mana : elle n'aura donc pas de fin, quoi qu'il advienne.

Toute chose a son contraire. La Mana en a-t-elle un ?
Le contraire du Mana, s'il existe (et doit exister), ne fera que remplacer la Mana et reprendra son propre rôle de Mana.

Existe-il autre chose que la Mana ?
Tout ce qui est différent de la Mana reste de la Mana puisque celle-ci a pu l'imaginer.

Peut-on dire que la Mana possède une conscience ?
Non. Elle est pure imagination. Oui, car dans cette optique elle peut tout créer. La Mana imagine la Mana sans avoir conscience d'elle-même.

Comment la Mana a-t-elle imaginé la vie ?
A toi de l'imaginer, c'est cela la Mana ! Tendre au-delà de sa conscience !

L'imagination est-elle plus « puissante » que la conscience ?
Indubitablement oui, car elle n'a pas de limites.

Mais sans la conscience, l'imagination ne peut exister !
Et comment la Mana aurait-elle pu imaginer la conscience si la Mana n'était pas pure imagination ? Peut-on appréhender l'infini à partir de limites ?

Dieu a créé la Mana.
Non. La Mana imagine tandis que Dieu crée. Elle a toujours imaginé et imaginera toujours. Dieu est de toute éternité quand la Mana est l'éternité. La Mana a imaginé l'éternité, et Dieu par la même occasion puisqu'il y est. Dieu est par conséquent conscient car il évolue dans les limites de l'éternité ! C'est-à-dire, également, incapable de créer la Mana, encore moins de l'imaginer car la création est limitée à et par son créateur. Et enfin puisque la Mana est pure imagination, c'est la Mana qui a imaginé Dieu créant.

Qu'en est-il du destin ?
Le destin n'est qu'une création des dieux, de Dieu. La Mana imagine le passé, le présent et le futur. La Mana ne prédétermine rien parce qu'elle n'a pas de jugement de valeur. Elle n'est pas une déité.

Comment peut-on aspirer au Mana ?
La Mana est mouvement ; même en étant immobile tu parais en mouvement pour ceux qui sont en mouvement. Mais cela est une réponse égocentrique (limitée en est l'équivalence). Et la Mana n'est pas seulement égocentrique parce qu'elle imagine les autres possibles. Pour tendre au-delà de notre conscience, il est nécessaire d'envisager autrui en plus de soi, et tout ce qui nous entoure. Ce sera un pas dans une des directions possibles, parce que nous sommes limités.

Tes réponses sont donc limitées.
Bien sûr. Ma conscience est incapable de concevoir la Mana par des mots. Cela n'empêche pas d'entendre la musicalité qui m'environne et de tenter de la restituer. Ensuite, chacun est libre de l'interpréter. Celui qui prêche et s'y complaît est certes dans une voie possible mais ne tend pas sa conscience. Il en va de même pour celui qui ne fait qu'écouter.

Oui, ce journal électronique recèle de textes qui sont malgré tout ma propriété. Si vous souhaitez en utiliser un, contactez-moi grâce à l'adresse suivante : sacred.fire.blogspot@gmail.com
Merci !
Yohann ©®™☺☼♥♫≈(2003-2009)